« L'envers du Monde » | Fondation d'Entreprise Ricard / Art Contemporain | Expositions
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« L'envers du Monde »

Du 03 mars au 28 mars 2003

« L'envers du Monde »

"L'Envers du monde", est une manifestation pluridisciplinaire, organisée en association avec l'AFAA qui montre et rend compte des expériences et des créations qu’un séjour à l'étranger peut susciter. Conçue par Stéphane Carrayrou, commissaire d'exposition indépendant, cette exposition protéiforme donnera lieu à de multiples performances et forums de discussions.

Exposition permanente avec les oeuvres de Florence Paradeis, Frank David, Rodolphe Huguet, Pierre Malphettes, Jan Kopp, Kristina Solomoukha, Mathieu Mercier et Bruno Peinado.

Vue de l'exposition "Envers du Monde", courtesy Marc Domage.

Rendre compte des enjeux suscités par les séjours d'artistes français à l'étranger sur dix ans, toutes disciplines artistiques confondues, présuppose de donner des orientations précises à la manifestation.


Invité à en assurer le commissariat, Stéphane Carrayrou a ainsi proposé d'adjoindre à l'exposition un ensemble de performances et forums de discussion, de manière à remettre en jeu et à conceptualiser les problématiques soulevées par ces déplacements.


Depuis 1993, l'Association française d'action artistique coordonne -en partenariat avec d'autres institutions françaises et internationales- divers programmes de résidence, de recherche et de création destinés aux créateurs français qui souhaitent réaliser un projet spécifique à l'étranger. En 10 ans, quelque 500 artistes de toutes disciplines -théâtre, danse, littérature, musique, arts plastiques, architecture, urbanisme, nouvelles technologies de l'image, design- ont ainsi séjourné à l'étranger.


En fonction de la nature des 'uvres issues de ces voyages ou résidences de création, Stéphane Carrayrou a imaginé une remise en jeu des travaux sous des formes variées : performances théâtrales, concerts lectures, petites formes dansées, projections de films et de vidéos d'archives de spectacles, accrochage d''uvres picturales ou photographiques, installations tridimensionnelles, consultation de catalogues, de livres, de CD-Rom ou de CD audio.


Faisant écho à la présentation de ces oeuvres, des forums de discussion réuniront, deux soirs par semaine, écrivains, chercheurs en sciences humaines, artistes des diverses disciplines autour des thèmes :

 

TROIS PROBLEMATIQUES GENERALES

A partir de la lecture des projets des lauréats, Stéphane Carrayrou a identifié trois problématiques récurrentes :

- "L'usage du monde", formulation empruntée à Nicolas Bouvier pour désigner, dans le cas présent, les incidences qu?un voyage peut avoir sur la manière dont un artiste envisage le rapport à son propre travail, en termes, aussi bien de conception que de modes de production ou de transmission.

- "L'envers des villes", qui-au delà d'un programme constitué s'adressant principalement à des architectes et à des urbanistes- peut renvoyer à un attitude critique de bon nombre d'artistes, face notamment aux phénomènes de prolifération urbaine.

- "Entre-deux langues / Entre-deux corps",intitulé retenu pour qualifier les termes d'un dialogue possible avec la culture nippone, objet de fascination pour tant d'artistes, particulièrement dans le domaine du spectacle vivant.

 

« L'USAGE DU MONDE ».

« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait ou vous défait. » Nicolas Bouvier.

Plusieurs oeuvres présentées dans l'exposition relèvent de cette problématique générale du voyage, attestent de la manière dont ce dernier est susceptible de nous transformer, nous et le regard que nous
portons sur le monde.


C'est par exemple le cas de Florence Paradeis que son séjour à New-York en 1999 a considérablement fait évoluer, dans sa manière d'envisager, tant son rapport à l'image que le moment même de la prise de vue.

C'est aussi le cas de Pierre Malphettes. Dans son travail, le déplacement est « envisagé comme pérégrination, expérience des limites et de la liberté qui s'exprime dans une tension permanente entre la contrainte et son propre dépassement. Un voyage évoqué non sur le mode exotique, mais avant tout comme véhicule de l'esprit » (François Piron).

Parmi d'autres, une oeuvre de Pierre Malphettes exposée dans le cadre de l'exposition est emblématique de cette attitude. Il s'agit du « Tapis volant » (1999). Depuis quelque temps déjà, l'artiste cherchait à donner forme à cette idée de faire voler un tapis. C'est ainsi qu'à la faveur d'un séjour à Jaïpur, au Râjasthân, il passa commande à des artisans d'un tapis qui, sous la forme d'un tableau noir raconte en quelque sorte sa propre histoire, son mode de fabrication, son impossible envol, s'interrogeant sur sa propre réalité en ces termes : « comment finaliser une chose impossible? »

Parti lui aussi en Inde avec le soutien de l'A.F.A.A, le jeune artiste nîmois Rodolphe Huguet y a réalisé bon nombre de performances, directement suscitées par des situations vécues sur place. Les collaborations qu'il a par ailleurs initiées -tant en Inde qu'au Maroc- avec des artisans locaux lui ont ouvert de nouvelles perspectives en terme de conception et de fabrication d'images.

Dans un contexte économique et culturel totalement différent, on peut également évoquer les séjours fréquents et prolongés que Kristina Solomoukha et Mathieu Mercier effectuent à partir de 1997 à Berlin, qui ont bouleversés en profondeur les repères qui étaient les leurs dans le contexte de la scène artistique française. Dans cette ville en pleine phase de déconstruction / reconstruction, ils ont, chacun à leur manière, éprouvé fortement l'écart entre le projet social et culturel moderniste et ce que ce projet est devenu, confronté aux modes de planification économique de notre société marchande. Cela a eu une incidence déterminante sur leur manière d'articuler, dans leur travail respectif les relations entre art, architecture, design et économie.

L'ENVERS DES VILLES

C'est le plus souvent en prenant pour base d'observation des situations très locales ou comme terrain d'expérimentation des micro-projets que des architectes, des urbanistes ou des plasticiens arrivent à questionner avec le plus de pertinence les valeurs sur lesquelles sont couramment établis nos modes de vie, d'organisation sociale et d'habitat.
Dans son texte de synthèse sur les travaux des lauréats du programme « L'envers des villes », Alice Laguarda rappelle ce paradoxe du voyage qui veut que l'éloignement, l'étrangeté ne sont pas des valeurs en elles-mêmes et que, « plutôt que la distance kilométrique, ce qui importe, c'est la distance du regard »

ENTRE-DEUX LANGUES / ENTRE-DEUX CORPS

L'ambition de cette dernière plate-forme de discussion et de performance est d'interroger la manière dont notre regard, nos modes de pensée occidentaux, notre manière de vivre notre relation à l'espace et au corps de l'autre peuvent se trouver bousculés, questionnés au contact d'autres langues, d'autres codes gestuels, d'autres modes de structuration de l'espace.
Compte-tenu de la très grande qualité et du nombre important de résidences de création réalisées au Japon, cette problématique sera alimentée, pour l'essentiel, par des exemples d'oeuvres littéraires, chorégraphiques, musicales et plastiques réalisées sur la base d'un dialogue ou d'une confrontation avec la culture nippone.

 

PROGRAMME CONFERENCES, TABLES RONDES & SPECTACLE VIVANT

 

MARDI 4 MARS

dans le cadre d' " Entre-deux langues / Entre-deux corps"

  • 17h00 : Projection de quatre films de la réalisatrice Catherine Shan sur le Cycle des saisons de Susan Buirge.
  • 18h30 : Rencontre avec Susan Buirge, chorégraphe.

En 1989, Susan Buirge entame un long voyage d'ouest en est -qui la fait successivement séjourner en Éthiopie, en Grèce, en Syrie, au Japon, à Taiwan et en Inde - dans le but de comprendre la manière dont l'espace est lu et perçu dans d'autres cultures que la nôtre.
" Dans des cultures où l'écriture n'était pas nécessairement disposée de gauche à droite, horizontalement et où la perspective n'avait pas été élaborée comme une référence esthétique". (Susan Buirge, En allant de l'ouest à l'est.
Carnets 1989-1993, Ed. Le bois d'Orion, L'Isle sur la Sorgue).
Marquée par son premier séjour au Japon, elle sollicite en 1992 une résidence à la Villa Kujoyama, à Kyoto, dont elle est une des toutes premières hôtes.
Une relation profonde se noue alors avec la culture shintô. Elle crée avec le concours de Tomihisa Hida -Supérieur d'un Sanctuaire enseignant le bugaku et sa musique - Matomanoma (L'intervalle de l'intervalle). Par la suite, elle parcourt les montagnes du Mikawa pour assister à des kagura, danses liées au cycle agraire. De cette imprégnation découleront dans les années qui suivront les quatre pièces du Cycle des saisons, élaborés avec le concours de sept danseurs contemporains japonais et d'un ensemble de musique Gagaku.

LUNDI 10 MARS

  • 17h00 : présentations-projections de travaux plastiques de Rodolphe Huguet, Jakob Gautel, Nicolas Moulin, Natacha Nisic et diffusion de séquences du feuilleton radiophonique de Pierre Alféri, écrivain et Jacques Julien, plasticien: Jacques et Pierre découvrent l'Australie, mais seul Jacques est vraiment parti, 2000 (France-Culture).

  • 18h30 : Forum de discussion "L'usage du monde" coordonné par Christophe Domino, critique d'art avec Rodolphe Huguet, Jakob Gautel, Nicolas Moulin, Natacha Nisic, plasticiens, Jean-Luc Helvé, musicien et avec des témoignages d'artistes dans l'assistance.

" Pourquoi part-on "en résidence" à l'étranger? Que fait on "en résidence"?
Et que ne fait on pas " Entre voyage initiatique et exil touristique, entre déplacement mental et transport des sens, entre bel isolement et plongée dans des contextes culturels lointains, les séjours de recherche et de création à l'étranger ont sans doute des motivations très variées, mais plus encore des effets sur la production, comme sur l'attitude artistique des lauréats de ces bourses imprévisibles.
À travers l'expérience de quelques-uns des artistes qui ont ainsi pu voyager, on dessinera à plusieurs voix les enjeux de ces séjours dans les modes de production actuels de l'art, mais aussi les questions que posent ces programmes à l'étranger". Christophe Domino

MARDI 11 MARS

dans le cadre du cycle "Entre-deux langues / Entre-deux corps"

  • 17h00 : Documentaire sonore de Sonia Kronlund "À quoi pensent les japonais?" (2002), émission radiophonique Les pieds sur terre (France Culture).

  • 17h30 : Projection d'Anna's life (2001), film vidéo de Nicolas Floch.

  • 18h00 : Vidéo-performance d'Alain Michard, chorégraphe (Création 2003).

En continu, présentation du film vidéo de Pierre Giner Le bruit des avions (2002), ainsi que d'une œuvre photographique de Thibaut Cuisset réalisée au Japon en 1997 et de Kyoto - Béziers (2000), livre de Pierre Duba, auteur de bandes dessinées et Daniel Jeanneteau, scénographe.

  • 18h30 : "Langages de l'espace au Japon" conférence d'Augustin Berque, géographe, directeur du Centre d'études sur le Japon à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, auteur de Vivre l'espace au Japon (Presses Universitaires de France, 1982) et Ou geste à la cité. Formes urbaines et lien social au Japon. (Gallimard, 1993).

"Dans le monde de l'existence, l'espace n'est pas une entité abstraite" :
les gens, les mots, les choses, tout ce qu'il contient, comme tout ce qui le contient, est lié concrètement. Tout cela fait sens, et, selon des règles qui varient selon les cultures, du plus corporel au plus idéel, divers langages organisent ce sens. Chacun de ces langages répond aux autres, sur le mode analogique.
Ainsi l'espace physique répond à l'espace mental, qui répond à l'espace social, et réciproquement.
La culture japonaise est allée plus loin que d'autres dans la codification de ces rapports, pour des raisons qui s'expriment entre autres dans les particularités de la langue japonaise elle-même. Des comportements à l'architecture, des villes aux campagnes, la conférence montrera ces implications de la langue dans le monde vécu des Japonais'" Augustin Berque

LUNDI 17 MARS

dans le cadre du cycle "L'envers des villes"

  • 17h00 : Projection de Zona Œste (1997-99) et La femme est sentimentale (1999), films vidéo d'Olivier Zabat et de Les femmes en noir (2002) et Sociodrame (2002), films vidéo de Florence Lazar.

Parallèlement, présentation du projet Hôtel des transmissions (2001-2003) de Renaud Auguste-Dormeuil et d'une œuvre photographique récente de Guillaume Janot.

  • 18h30 : "L'artiste comme faux journaliste", table-ronde coordonnée par Pascal Beausse, critique d'art, avec la participation des plasticiens Florence Lazar et Olivier Zabat.

" À partir des œuvres photographiques et vidéographiques réalisés par Florence Lazar en Serbie après les bombardements de l'Otan et par Olivier Zabat dans un quartier à fort taux de pauvreté et de criminalité de Rio de Janeiro, la discussion portera sur leur capacité d'informer le réel. L'activité artistique n'a, bien sûr, pas grand chose à voir avec le journalisme. Face aux mécanismes de propagande et à l'omnipotence des mass media, Florence Lazar et Olivier Zabat produisent pourtant des contre informations. Ils sont dans le monde, et approchent des situations sociales, politiques et historiques bien précises, en inventant des dispositifs et des formats insoumis à la norme médiatique ".
Pascal Beausse.

MARDI 18 MARS

dans le cadre du cycle " L'envers des villes"

  • 17h00 : Présentation de cinq projets réalisés par les architectes et urbanistes:

Pablo Georgieff /collectif Coloco (Habiter les squelettes), François Gillet/Edge (Des airs de désert), Benoit Maillard / Laila Belmouaz (Un village sur le toit de l'immeuble Tan-pa, Phnom-Penh), Michaël Leymarie / Guillaume Lavergne (Arrêt sur image: Parachute-cité mergente, Lima-Pérou, les architectures des migrants, l'urbanité en transit) et Jérôme Solari (Bangu 97 : Le rôle socio-spatial de l'auto construction dans la transformation d'u n quartier de Rio de Janeiro).

  • 18h30 : "Auto-construction et transformation sociale", forum de discussion animé par François Chaslin, critique d'architecture et rédacteur de l'émission " Métropolitain" (France-Culture), avec la participation de Francis Lacloche, chargé du mécénat à la Caisse des dépôts et consignations et des architectes Patrick Bouchain, Pablo Georgieff, Bernard Kohn, Benoit Maillard et Jérôme Solari.

À partir d'expériences variées menées sur le terrain en termes d'organisation communautaire et d'auto construction, nous tenterons de dégager la place qui peut être celle d'un architecte face à ces situations d'appropriation de l'espace, tant en termes d'expertise technique, que de conseil administratif ou juridique.
Parallèlement, nous analyserons les incidences architecturales et la dimension urbaine du phénomène, ainsi que les représentations sociales qu'il véhicule.

LUNDI 24 MARS

dans le cadre du cycle "Entre-deux langues/Entre-deux corps"

  • 17h00 : diffusion de Westlich (2000), film vidéo de Jan Kopp et de Le bruit des avions 2 (2002), film vidéo et bande-annonce de Pierre Giner. En libre consultation, livres de Lisa Bresner.

  • 18h30 : Table-ronde coordonnée par Christophe Wavelet, danseur et chercheur, sur le thème de la traduction, avec la participation de Lisa Bresner, écrivain et traductrice, Frédéric Fisbach, metteur en scène de théâtre, Emmanuelle Huynh, danseuse et chorégraphe, Jan Kopp, plasticien.

"II faut bien admettre qu'il existe deux salies de traductions: elles n'ont ni même fonction ni même nature. Les unes font passer dans une autre langue une chose qui doit rester identique (le sens, la valeur de beauté); elles sont bonnes quand elles vont "du pareil au même". Et puis, il y a celles qui jettent un langage contre un autre, assistent au choc, constatent l'incidence et mesurent l'angle. Elles prennent pour projectile le texte original et traitent la langue d'arrivée comme une cible. Leur tâche n'est pas de ramener à soi un sens né ailleurs; mais de dérouter, par la langue qu'on traduit, celle dans laquelle on traduit ".
Michel Foucault, Les mots qui saignent, Gallimard, 1994.

MARDI 25 MARS

dans le cadre du cycle "Entre-deux langues/Entre-deux corps ".

  • 17h00 : Projection des films vidéo Freestyle Tokyo (1999), session chorégraphique réunissant, à l'initiative d'Alexandre Périgot, plusieurs danseurs japonais et (sous réserve) Rossignol Nightingale d'Elizabeth Creseveur (Création à Tokyo en février 2003, avec le danseur Toru Iwashita.

Parallèlement, présentation d'une œuvre photographique récente d'Elizabeth Creseveur.

  • 18h30 : Soirée musique-danse, avec trois œuvres musicales :


André Bon:
Winter in Kyoto, (création à Kyoto en 1999), pour shakuhashi et violoncelle, avec Daniel Lifermann, flûte shakuhashi.
Jean-Luc Hervé: Lisière, (création à Kyoto en 2001), pour violon seul, interprété par Eichi Chijiwa.
Kasper T. Tœplitz: Froz # 11, (2003), interprété par Kasper T. Tœplrtz, ordinateur et Didier Casamitjana, tam et ordinateur.
Chaque pièce sonore est introduite par la reprise d'un solo, Déroulée, chorégraphié et dansé par Cécile Proust. Créé à Kyoto en 1995, il prend sa source dans le Jiuta-maï (danse des Geisha).
Construite sur le principe d'un seul mouvement qui passe d'un lieu à l'autre du corps, avec d'infimes incidents rythmiques, cette danse n'en finit pas de tourner sur elle-même, sans se déplacer dans l'espace.

VENDREDI 28 MARS

Dans le cadre du cycle " Entre-deux langues / Entre-deux corps"

Soirée de clôture à partir de 18h30, avec projection d'Hiroshima (1993), film vidéo d'Ange Leccia et présentation de trois projets de Marie-Ange Guilleminot, réalisés en 1999 à Hiroshima:

Le Salon de transformation blanc
Conçu comme " lieu de rencontre entre cultures et personnes ", Le Salon de transformation blanc est lié à la mémoire d'une jeune japonaise victime de la bombe atomique, qui réalisa à l'hôpital plusieurs origamis d'oiseaux tsuru, symbole d'espoir et de longévité au Japon. Ce projet est décrit par l'artiste comme " le pliage de vies individuelles et collectives dans le temps et l'espace ". Les tsurus réalisés dans le Salon sont disposés en guirlandes et envoyés à Hiroshima pour être déposés place de la paix, aux côtés de centaines d'autres guirlandes réalisées par des enfants des écoles, lors d'une cérémonie de commémoration du 6 août 1945.

Collection Hiroshima. Les vêtements blancs

Faisant suite à la vision d'un ensemble de vêtements de victimes de la bombe atomique au Musée Monument à la paix d'Hiroshima, Marie-Ange Guilleminot a été mue par " un désir de restaurer et de soigner" ces témoignages uniques de l'événement et de la souffrance des victimes. Elle en a établi des répliques précises en tissu blanc. À distance de l'original endommagé, "ils servent de commémorations mobiles de la bombe atomique".

8h 15, la montre d'Hiroshima
Convaincue du fait que la destruction par la bombe atomique "n'est pas un événement figé dans le passé mais qu'il inaugure une dimension différente du temps historique et continue à affecter notre vie d'aujourd'hui ", Marie-Ange Guilleminot a conçu une édition limitée de montres sensée " réveiller" chaque jour à 8h 15, pour celui qui la polie, le souvenir de l'événement tragique. À l'heure dite, les deux seuls traits noirs marqués sur le cadran blanc de la montre sont à leur tour recouverts par les deux aiguilles, elles-mêmes blanches. Cet instant de blanc total est sensé répondre métaphoriquement à l'éclair de la bombe atomique, dans notre vision comme dans notre conscience. À sa manière, discrètement, "cette montre incarne notre responsabilité; une rupture dans notre relation au temps, dans notre vision du monde".
Marie-Ange Guilleminot