
Né en France en 1970, vit et travaille à Berlin
Saâdane Afif bénéficie d’une invitation spéciale, en forme de dédicace, au sein d’une exposition dédiée à la mythologie babélienne et au Phœnix. Babel, la pièce présentée à la Fondation Ricard, concentre les dernières interrogations de l’artiste sur la forme de l’œuvre, sa présentation, sa circulation. Babel est partiellement achevée, elle se présente aujourd’hui sous la forme d’une chanson (composée par le critique d’art Judicaël Lavrador) selon un mode de délégation/invitation qu’affectionne particulièrement l’artiste mais pourrait fort bien renaître sous une autre apparence, cette fois-ci nécessitant son interprétation sous un mode live ou encore l’édition d’un vinyle, d’un cd. Babel symbolise parfaitement cette possibilité de renaissance perpétuelle de la forme et de traduction infinie d’un langage vers un autre, Phoenix versus Babel donc…
Née au Portugal en 1972, vit et travaille à Berlin
Le travail de Leonor Antunes s’évertue à isoler des éléments tirés de la mythologie ou bien encore des grandes épopées culturelles du siècle dernier à l’instar de cette rencontre passionnante avec le grand architecte milanais Carlo Mollino pour l’exposition à la Barriera à Turin en 2007… Le travail de cet homme prolifique qui fut aussi designer, styliste, écrivain, photographe et qui construisit des maisons élancées et des chaises au design organique représente un terrain de prédilection pour la pratique de Leonor qui reprend ses éléments de vocabulaires stylistiques, les redéploye et les réinterprète, instituant au passage un dialogue captivant avec l’espace d’exposition. La propension de l’artiste à représenter des outils de mesure traduit son attachement pour les problèmes d’échelle et ce qu’ils sous-entendent de la manière dont l’homme s’approprie son environnement, le représente et se le représente.
Né en République Tchèque en 1975, vit et travaille à Berlin
Robert Barta est un artiste tchèque passé par les Etats-Unis avant de venir s’installer à Berlin. Il crée des installations quasi illusionnistes où le visiteur a le sentiment d’être floué et se retrouve totalement désorienté; ainsi de cette bougie dont on a l’impression qu’elle se consume éternellement grâce au mécanisme simplissime qui la fait se relever au rythme de sa combustion (Dauerbrennen). Avec Rosa Corsa, il s’agit d’un mécanisme d’inversion : la barrière de protection est peinte aux couleurs de la Ferrari, bolide qu’elle est sensée protéger plus qu’imiter la fameuse teinte évocatrice de luxe et de puissance; posée en plein milieu de la chaussée, cette barrière cabossée mais rutilante perturbe définitivement nos repères sensoriels et culturels. Dans Biergarten, qui sera présentée à la Fondation Ricard, il reprend l’ambiance des bars de sa Tchéquie natale en « retournant » la position des buveurs qui de ce fait ne peuvent plus échanger, ni trinquer. Cette pièce aux relents nostalgiques décrit la difficulté d’importer dans une ville étrangère l’ambiance chaleureuse de sa ville natale.
Né en Nouvelle-Zélande en 1976, vit et travaille à Berlin
Mladen Bizumic comme son nom ne l’indique pas est néo-zélandais, il est venu lui aussi rejoindre la cohorte de ces artistes multi exilés ayant trouvé en Berlin la plate-forme idéale pour rayonner de par le monde. Avec son projet de Biennale des Fidji, Mladen explorait les liens qui unissent le tourisme et l’art contemporain, avec, en ligne de mire la Nouvelle-Zélande « comme ultime frontière de la modernité, le cadre à partir duquel méditer ses ruines, l’endroit peut-être d’un renouveau ». Son projet de livre intitulé Sister cities of Babel est la tentative de créer une aptitude universelle à la traduction via l’usage très littéral de logiciels de traduction automatique : ce « manuel de survie » à l’usage des migrants représente l’ultime contradiction d’une civilisation dédiée à l’information.
Né en France en 1971, vit et travaille à Berlin
Jean-Pascal Flavien est venu vivre à Berlin après des études mouvementées en France qu’il quitta directement pour s’exiler en Californie et au Brésil en zappant la case Paris. Pour ce bourlingueur invétéré, Berlin représente un ilot de sérénité où il peut reconstituer en douceur ses réserves d’énergie. À quelques km de Rio, en pleine campagne, il a bâti son « bureau », le Viewer : conçu en référence à une tradition moderniste de l’architecture, il lui sert indifféremment d’atelier, d’observatoire ou d’espace de retrait, selon les circonstances. Sorte de sculpture publique habitable, il l’a placé au centre de récits dessinés comme une entité incongrue et anachronique qu’il publie au sein de sa maison d’édition « Devonian press ». Le travail de Jean-Pascal Flavien se concentre sur la mise en situation — via tous mediums autorisés — de cette entité archétypale qu’il érige en héros de ses aventures anhistoriques où paissent en paix ses drôles de dinosaures monochromes.
Né en Allemagne en 1971, vit et travaille à Berlin
Wolf von Kries est né à Berlin-Ouest et, comme la plupart de ses contemporains, il est parti aux États-Unis avant de revenir à Berlin. Wolf von Kries s’intéresse au quotidien, à son observation minutieuse ainsi qu’aux transformations que l’on peut apporter aux choses avec un minimum de moyens, comme cette série de « petites » pièces qui regroupe un frisbee mordu par un chien jusqu’à sa quasi destruction, des culots de bouteilles récupérés après l’explosion de ces dernières, ou encore le résultat du passage d’un train sur une pièce de monnaie. La pièce qu’il présente à la Fondation Ricard, Trash, représente le devenir ironique d’un must de la symbolique de la renaissance, le fameux rhombohèdre de la mélancolie de Dürer dont la forme cristaline est généralement référée au néoplatonisme et aux significations mathématico-géométriques de l’ordre divin qui lui sont associées.
Né en Grande-Bretagne en 1962, vit et travaille à Berlin
Matthew Hale est un artiste britannique qui vit à Berlin depuis une dizaine d’années. Mathew Hale produit majoritairement des cadres à bord épais qu’il remplit d’une multitude d’éléments « civilisationnels », du paquet de cigarettes à la couverture du dernier Sun. Ces très élégants collages d’objets hétéroclites forment une espèce de représentation objective du monde à partir de productions artistiques non intentionnelles. À la manière d’un Villeglé qui dépeint le monde en collectant le fruit de ses affleurements médiatiques, Matthew Hale déconstruit la réalité via l’usage intempestif de ses recollections. Pour la Fondation Ricard, il produira une série spéciale à base de tabloïds from England.
Né en Allemagne en 1972 , vit et travaille à Berlin
Le Simorg’h (Phœnix) de Timo Nasseri est inspiré par l’esthétique de la calligraphie perse et les allers-retours entre les mythologies occidentales et orientales ; Simorg’h est aussi le nom d’un aéronef militaire iranien, version non autorisée du F-5 Freedom Fighter. Cette œuvre est le fruit d’une recherche personnelle sur son héritage culturel de fils de parents germano-iraniens, dont il témoigne de la difficile compatibilité. Il traduit l’impossible fossé entre des civilisations concurrentielles et les tensions qui en résultent. Apache réfère au génocide des Indiens d’Amérique et à leur réapparition sous les couleurs de l’armée américaine en tant qu’arme à la pointe de la technologie ; cette œuvre témoigne d’un inconscient guerrier archaïque et de sa propension à s’approprier les symboles de puissance de l’ « ennemi » abattu. Il manifeste la possibilité de « réincarnation » de cultures disparues à travers leurs avatars militaires.
Né en Suisse en 1962, vit et travaille à Paris et Berlin
Le travail de Vittorio Santoro peut s'appréhender au choix comme un passe-temps, une technique sysyphienne d'épaississement du trait, ou bien encore comme l'enfouissement de la corporéité dans les profondeurs des couches de crayon. Il se peut finalement que la force de l'énonciation contenue dans les mots dessinés grâce à ce médium unique, la mine de graphite, soit plus à rechercher à l'intérieur de ce travail de « repassage infini » que dans le signifié qui en résulte, à moins que ce signifié ne soit autre que la métaphore du dessinateur au travail. Cette ambiguité des « dessins » de Santoro, on la retrouve dans la pièce Untitled (Mask). Deux cloisons qui délimitent un espace standard avec un vieux poste de radio d'où s'échappe une litanie de discours scientifiques sur un objet unique, un masque africain ; un miroir sans tain ouvrant sur l'extérieur ; un dispositif lumineux alternant la vision à travers la vitre et la perception de son reflet : cette pièce complexe questionne le bien-fondé de la construction identitaire par le discours ethnographique. La cacophonie qui en résulte nous renvoie au brouhaha babelien et replace l' « Autre » au centre du débat.
Née en Allemagne en 1979 , vit et travaille à Berlin
Sophie-Therese Trenka-Dalton s’intéresse aux civilisations disparues et plus particulièrement à l’antique Assyrie dont elle traque les réapparitions réccurrentes sous ses multiples formes architecturales, publicitaires ou encore médiatiques. Sa passion pour l’archéologie alimente une production qui en surjoue les effets de théâtralisation et de dissimulation. S’attaquant à l’utilisation “folklorique” qui est faite des anciens symboles d’une Assyrie légendaire dont seules les traces archéologiques attestent de l’existence, elle dépeint les traductions successives de ces symboles d’une discipline vers l’autre, dans un « processus perpétuel de réarrangement ». Pour Phœnix vs Babel, elle illustrera ces mécanismes de réappropriation décomplexée de l’iconographie antique en mettant en scène une représentation du dieu Lamassou, star des créateurs de logos et autres designers de mall shops.