Le lynx ne connaît pas de frontières

Le lynx ne connaît pas de frontières

Du mardi 24 mars 2015 au samedi 9 mai 2015

Une proposition de Joana Neves.

Artistes : Fernando Calhau, Joana Escoval, Otelo Fabião, Ângela Ferreira, André Figueiredo, Carla Filipe, Igor Jesus, Musa paradisiaca, Oficina Arara et Diogo Pimentão

Avec cette exposition, la Fondation d’entreprise Ricard propose un regard contemporain sur la scène artistique portugaise.


Galerie photo de l'exposition - Diaporama

<p><i>Musa paradisiaca,</i> Joana Escoval, Otelo Fabião, Fernando Calhau. Vue de l'exposition <i>Le lynx ne connaît pas de frontières.</i> Photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard.&nbsp;</p>
<p>Joana Escoval, <i>The past and present are unified in locations where important events happened</i>, 2014. Vue de l'exposition <i>Le lynx ne connaît pas de frontières</i>. Photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard.<br></p><br>
<p>Otelo<a target="_blank"> </a> Fabião, <i>Jangada provisoire</i>, 2014 / <i>Musa paradisiaca</i>, <i>Capela</i>, 2015. Vue de l'exposition <i>Le lynx ne connaît pas de frontières</i>. Photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard.<br><br></p><br><br><br>
<p>Fernando Calhau, <i>Sans titre</i>, 1971. Vue de l'exposition <i>Le lynx ne connaît pas de frontières</i>. Photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard.<br><br></p><br><br>
<p>Diogo Pimentão, <i>Remaining (act)</i>, 2015 / Fernando Calhau, <i>Sans titre</i>, 1971. Vue de l'exposition <i>Le lynx ne connaît pas de frontières</i>. Photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard.<br></p><br><br>
<p>Otelo Fabião, <i>Drape of precariousness</i>, 2014/2015. Vue de l'exposition <i>Le lynx ne connaît pas de frontières</i>. Photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard.<br></p><br><br>
<p>Oficina Arara, <i>Palimpsesto</i>, 2010-2015. Vue de l'exposition <i>Le lynx ne connaît pas de frontières.</i> Photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard.<br></p><br>
<p>Ângela Ferreira, <i>Mount Mabu</i>, 2013. Vue de l'exposition <i>Le lynx ne connaît pas de frontières</i>. Photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard.<br></p><br><br>

Rosi Braidotti entame son livre “The Posthuman” avec cette remarque : “aucun de nous ne peut affirmer, avec un certain degré de certitude, que nous avons toujours été humains, ou que nous ne sommes que cela”[1]. Braidotti réévalue un humanisme eurocentriste et masculin, à présent désuet, et propose de parler de territoires et de déterritorialisations, du désir en tant que construction plutôt que manque. Porter un regard sur une scène, qui est, somme toute, la mienne, est avant tout l’occasion de tourner le regard de cette scène vers un autre territoire. C’est elle qui regarde et non pas moi qui l’évalue ou choisis ses meilleurs représentants - elle est trop vaste et variée pour cela. J’ai préféré construire un dialogue à partir de plusieurs singularités pour le public parisien, auquel j’appartiens également.

Le Portugal a une temporalité très particulière, telle que l’a décrite le philosophe portugais José Gil (2005). Il s’y est effectué, selon lui, un “saut sans médiation du prémoderne au post-moderne” en raison, entre autres, de la dictature de Salazar (1932 - 1974), qui a opéré un hiatus dans le développement du pays. Ainsi, ce pays européen a assimilé à distance certains grands mouvements culturels du XXe siècle ; n’oublions cependant pas qu’il a, en retour, construit sa propre vision dans son contexte, avec son langage.

Fernando Calhau, Joana Escoval, Otelo Fabião, Ângela Ferreira, André Figueiredo, Carla Filipe, Igor Jesus, Musa paradisiaca, Oficina Arara, Diogo Pimentão sont les artistes de différentes générations avec lesquels un dialogue s’instaure autour de ce désir d’universalisme pour lequel l’abstraction et le modernisme apportent une solution idéale ; de filiation (la famille que nous avons et celle que nous constituons) et de l’idiosyncrasie en tant que désir constructif. 

Le titre de l’exposition vient lui-même d’une conversation avec un duo d’artistes portugais, Francisco Queimadela et Mariana Caló, à propos de l’installation vidéo Efeito Orla (2013), dont la prémisse était de partir à la recherche de témoignages des dernières apparitions du lynx dans la chaîne de montagnes de la Malcata au Portugal. Cet animal mythique est non seulement absent dans le film mais aussi dans la région : il est en voie de disparition. Je ne sais pas si Braidotti pensait aux animaux lorsqu’elle a écrit la première phrase de son dernier livre, mais il y a certainement une dialectique qui s’établit entre ces deux espèces, l’homme et le lynx, qui ont à un moment donné subi les conséquences d’appartenir, chacun à leur façon, et ensemble, au territoire circonscrit par les frontières portugaises.

Joana Neves, novembre 2014.


[1] “Not all of us can say, with any degree of certainty, that we have always been human, or that we are only that”;

Rosi Braidotti, The Posthuman, Cambridge, 2013.


L’exposition bénéficie du soutien de la Fondation Calouste Gulbenkian.