Joëlle de La Casinière

Mardi 22 janvier 2019, à 19h, Entrée gratuite Ajouter à mon calendrier

Intervenant(s): 

Anne Bonnin reçoit l'artiste Joëlle de La Casinière.

Nous recevons Joëlle de La Casinière, qui présente plusieurs œuvres dans l’exposition collective Poésie prolétaire conçue par le commissaire François Piron : l’ensemble de ses livres, le court film So Happy ainsi que les pages d’un livret d’opéra, écrit avec le musicien Jacques Lederlin (Que será será, 2019). Cette soirée, menée en compagnie de ce dernier, est l’occasion de découvrir les films et les vidéos de l’artiste ainsi qu’un parcours artistique nomade.

L’artiste commence à réaliser des films en 1970, au Pérou, avec le réalisateur Carlos Ferrand. De 1970 à 1975, elle effectue de très longs séjours en Amérique latine, au Pérou en particulier, où elle tourne plusieurs films en 8 et 16 mm, avec Michel Bonnemaison. Le pays est alors dirigé par un régime autoritaire mais progressiste et tiers-mondiste qui planifie de grandes réformes favorables aux populations pauvres, notamment agraires. Le film Rose de Lima fait ainsi découvrir un vaste squat dans un désert, devenue une ville, Villa El Salvador près de Lima, en train de s’auto-construire et d’organiser ses moyens de subsistance aussi bien que l’enseignement scolaire, selon un modèle d’autogestion – Villa El Salvadore existe toujours et constitue un modèle réussi de ville communautaire. Le film Suite (1975) montre des mécaniciens de rue en train de travailler à Lima. Aucun discours explicatif n’est surimposé aux images. Et si celles-ci constituent des documents, elles ne relèvent pas pour autant du genre documentaire. Les films de La Casinière témoignent d’une écriture cinématographique en quête de l’image et du point de vue justes et de la bonne distance.

Jalonné de films des années 70 et de vidéos des années 80, notre entretien permettra d’aborder les différents types d’œuvres de Joëlle de la Casinière : films, livres, tablotins, vidéos, en montrant leurs spécificités et les liens qui les unissent. Ses œuvres (à l’exception des films) relèvent de la poésie graphique : elles entrelacent texte et image et créent, en quelque sorte, un entre-là, un espace intermedia que l’artiste n’a cessé d’explorer à travers différents médiums et supports.  Néanmoins, « le digital et les nouveaux médias n’ont pas changé l’essentiel et le style de ma poésie graphique ; c’est le même contenu sur papier ou à l’écran. »  Le livre semble bien être la matrice de ce contenu texte-image : associant calligraphie, dessin, collage, ses livres sont fabriqués à la main, avant d’être reproduits et imprimés.

Dans les années 80, Joëlle de la Casinière adopte la vidéo, parallèlement à ses livres et tablotins. Variée, sa production vidéographique est toujours expérimentale et guidée par une réflexion pratique sur la rhétorique des images. Si ses recherches sur les relations texte-image sont représentatives de leur époque, elles se situent dans une perspective transhistorique, sollicitant des références inédites dans le milieu de la vidéo des années 80. Avec Michel Bonnemaison, elle s’intéresse ainsi à la littérature médiévale occidentale et orientale et aux manuscrits enluminés, et réinterprète des formes anciennes de textes-image poétiques et musicaux. Elle réalise ainsi des poèmes graphiques animés, chantés, musiqués, tel que Grimoire magnétique qui est l’adaptation de la biographie d’un poète perse soufi du IXe siècle par Louis Massignon. Un trait essentiel caractérise ses œuvres à lire et à voir (livres, tablotins, vidéos), et à écouter : leur humour, leur drôlerie, leur fraîcheur dans l’inspiration et dans l'invention. 

En 1972, elle fonde le Montfaucon Research Center avec des ami.e.s : ils et elles vivent et travaillent ensemble, tout en ayant chacun.e sa pratique. Avec le Montfaucon Research center, elle réalise plusieurs vidéos pour la télévision française. Dans Vidéo à la chaîne, défile une galerie de portraits des vidéastes des années 80 et 90, incrustés sur un fond musical de jouets sonores en mouvement. « Dans les années 80, j'ai réussi à travailler avec la télévision pour produire et diffuser des œuvres vidéo ; pendant 7 ou 8 ans on a fait beaucoup de choses avec mes amis du Montfaucon, puis les portes se sont fermées aux artistes indépendants... »

Avec Joëlle de La Casinière, nous découvrirons la vie et l’œuvre d’un groupe nomade de personnes, les ami.e.s du Montfaucon, nous découvrirons une manière de vivre et de faire de l’art qui associe l’art et l’amitié. Ils et elles ont travaillé en marge des milieux de l’art contemporain et de l’édition et des systèmes qui formatent les pratiques en les ajustant à des demandes, celles du marché, de l’audience et de la mode. Joëlle de La Casinière se définit ainsi : « en tant qu’artiste outsider, je ne me préoccupe pas du tout de ces grotesques tendances de la mode. »

Pour prolonger cet entretien, découvrez le travail de Joëlle de La Casinière dans l'exposition Poésie Prolétaire proposée par François Piron, à la Fondation d'entreprise Ricard du 15 janvier au 23 février 2019. 


 

Galerie photo de la conférence - Diaporama

Informations pratiques

    • Du mardi au samedi.
    • Fermeture : dimanche, lundi et jours fériés.
  • Entrée gratuite, de 11h à 19h

    Visites commentées :

    • Mercredi à 12h30
    • Samedi 12h30 et 16h00
  • 12 rue Boissy d'Anglas, 75008 PARIS. 1er étage.

    • 01 53 30 88 00
    • info@fondation-entreprise-ricard.com
  • Métro : Concorde ou Madeleine

  • Parking : Concorde ou Madeleine