«Time Will Tell» au Museo El Eco, Mexico

Date : Du vendredi 9 décembre 2016 au dimanche 26 février 2017. Entrée libre, mardi au samedi, 11h-18h

Thème : Une sélection d’artistes lauréats du Prix Fondation d’entreprise Ricard

Vernissage : Jeudi 8 décembre, 19h30

Avec Boris Achour, Camille Blatrix, Katinka Bock, Isabelle Cornaro, Tatiana Trouvé, Lili Reynaud-Dewar, Raphaël Zarka.
Commissaires: Thomas Boutoux et Paola Santoscoy

Gagner un prix est un honneur, une récompense, un bonheur. C’est avant tout une émotion. L’attention dont bénéficie le lauréat est également fugitive, car les lauréats se succèdent, comme les saisons. Une exposition axée sur l’histoire d’un prix – celle du prestigieux Prix Fondation d’entreprise Ricard qui, depuis 1999, distingue chaque année un jeune artiste sur la scène artistique française – nous invite à réfléchir au-delà de la logique même de ce qu’est un prix qui consiste à isoler une personnalité à un moment donné –, et à nous demander ce qu’il y a de commun, de continu, de réitératif dans la situation que crée la remise d’une distinction dans la vie et l’œuvre d’un artiste.

Un tel événement arrive toujours dans le cours des choses : ce n’est ni un début ni une fin, mais un moment dans une carrière, qu’il contribue à la fois à stabiliser et à perturber. Parmi les artistes de l’exposition, Tatiana Trouvé a reçu le Prix Fondation d’entreprise Ricard il y a une quinzaine d’années tandis que Camille Blatrix l’a obtenu récemment, en 2014. En réunissant sept artistes lauréats depuis que le Prix existe, cette exposition attire l’attention sur la manière dont les artistes, indifférents à la compétition pour les prix et la notoriété, travaillent sur la longue durée, en gardant le contrôle, consciemment et délibérément, de l’orientation, du sens, du tempo de leur travail.

Avec cette exposition, El Eco souhaite aussi mettre en lumière le soutien que la Fondation d’entreprise Ricard apporte dans la durée aux artistes qui ont, à un moment donné, reçu le prix Ricard, et la confiance qu’elle leur témoigne, sachant que ce qui compte, c’est autant le travail d’un artiste tel qu’il existe aujourd’hui que la direction future qu’il peut prendre. L’exposition « Time Will Tell » s’intéresse à la façon dont la vie et la pratique d’un artiste – et les œuvres qui en sont le produit – représentent des figures d’adaptation, de transition et de transaction dans un monde qui, aujourd’hui peut être plus que jamais, est caractérisé par une incertitude absolue sur son avenir, le lointain comme le plus proche.

 

À de nombreux égards, El Eco est en soi un lieu d’adaptations, de transitions et de transactions. Conçu par l’artiste allemand Mathias Goeritz et l’homme d’affaires mexicain Daniel Mont, le Museo Experimental el Eco a ouvert ses portes en 1953 en se donnant pour ambition d’exposer l’art de son temps. Musée sans collection, El Eco est en soi une « expérience » de ce que Goeritz a appelé l’Architecture émotionnelle. Critique directe de l’architecture moderne, perçue comme trop rationnelle et trop froide, ce musée ne présente pratiquement aucun angle à 90 degrés. Sorte d’espace-projet – une sculpture habitable peinte dans une palette moderne de blanc, de gris et de jaune –, il exprime un esprit interdisciplinaire conforme au programme esthétique et pédagogique de Goeritz.  

Le musée dut fermer seulement trois mois après son inauguration ; néanmoins, ce qu’il a représenté alors, au début des années 50 à Mexico, dans une scène artistique naissante, continue de résonner aujourd’hui. Après sa fermeture précoce, le bâtiment connut une succession d’épisodes insolite : il devint un restaurant, un bar, un cabaret, un théâtre, un squat et presque un parking, avant d’être acquis, in extremis, par l’Université de Mexico (UNAM) au début des années 2000 et restauré dans son architecture et sa mission originales pour redevenir un lieu d’exposition expérimental.

Les sept artistes qui participent à « Time Will Tell » à El Eco voyageront à Mexico pour installer leurs œuvres dans cet espace d’exposition chargé d’histoires, petites et grandes. Pour la plupart, c’est la première fois qu’ils ou elles exposeront dans ce pays. Tous ont créé des œuvres nouvelles ou adapté des projets en cours de développement pour cette exposition. Katinka Bock se concentre sur le long couloir d’entrée d’El Eco en y installant une sculpture qui occupe près de vingt mètres sur le mur, logée dans la « gorge » du bâtiment, qu’elle interprète ainsi dans un sens quasi-anatomique. Tatiana Trouvé, Boris Achour et Camille Blatrix produisent également des œuvres qui répondent à ce site si singulier, avec son patio – qui est la plus grande « salle » du musée –, sa lumière, entièrement naturelle, et ses affects caractéristiques. Isabelle Cornaro présente de nouvelles peintures de la série « Reproductions » : réalisées directement sur le mur à l’aide d’un pistolet à basse pression, ces peintures reprennent, en les agrandissant, des images de films quieux-mêmes documentaient des peintures; Raphaël Zarka développe depuis plusieurs années un projet intitulé Riding Modern Art, une collection personnelle de photographies représentant des skaters du monde entier qui réalisent des figures sur des sculptures modernes installées dans l’espace public. Zarka présentera une partie de sa collection, et profitera également de son séjour pour l’enrichir davantage avec des images de skaters interagissant avec les sculptures modernes qui sont nombreuses à Mexico. Lili Reynaud-Dewar, enfin, proposera, au sein de l’exposition « Time Will Tell » un chapitre important de son projet au long cours My Epidemic. Il s’agit d’une installation ample et abondante présentée à l’étage du musée et au sein de laquelle l’artiste reprend, rejoue et interroge un séminaire donné par l’artiste norvégien Bjarne Melgaard à Venise en 2011 intitulé «Beyond Death: Viral Discontents and Contemporary Notions about AIDS». 

Si les artistes de « Time Will Tell  » sont réunis, en premier lieu, par le fait que tous ont été, un jour, lauréats du Prix Fondation d’entreprise Ricard, l’exposition entend révéler la richesse et la subtilité des liens qui les unissent. Et notamment la temporalité et l’historicité qu’ils partagent et qui sont reflétées ici dans la manière dont ils explorent, ensemble et séparément, un lieu particulier : El Eco. El Eco – un musée sans collection –, comme l’avaient envisagé Goeritz et Mont, est un espace qui, dans sa conception même accorde une grande place à  l’expérience et au transitoire, où les circulations, les effets, priment sur les objets mêmes, « Time Will Tell » donne lieu à une interprétation sensible du bâtiment et de son discours spatial, social et esthétique, pour permettre aux œuvres d’art d’ « avoir lieu ».

L’exposition bénéficie du support du Museo Experimental El Eco, de Pernod Ricard Mexico et de la Fondation d’entreprise Ricard. Comme El Eco (qui fait partie de l’Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM) depuis 2005), la Fondation d’entreprise Ricard est un lieu d’expérimentation, de créations et de rencontres, dédié à l’art dans ses expressions les plus actuelles.

Galerie photo de l'évènement - Diaporama

 Katinka Bock, Thomas Boutoux, Raphaël Zarka, Paola Santoscoy, Colette Barbier, Boris Achour, Noël Adrian
Tatiana Trouvé, photo: Rodrigo Valero Puertas. Courtesy: Museo Experimental El Eco 
Tatiana Trouvé, Katinka Bock, photo: Rodrigo Valero Puertas. Courtesy: Museo Experimental El Eco 
Boris Achour, photo: Rodrigo Valero Puertas. Courtesy: Museo Experimental El Eco 
Vue de l'exposition, photo: Rodrigo Valero Puertas. Courtesy: Museo Experimental El Eco 
Isabelle Cornaro, photo: Rodrigo Valero Puertas. Courtesy: Museo Experimental El Eco 
Camille Blatrix, photo: Rodrigo Valero Puertas. Courtesy: Museo Experimental El Eco 
Raphaël Zarka, photo: Rodrigo Valero Puertas. Courtesy: Museo Experimental El Eco 

Informations pratiques