Sturtevant « Undeniable Allusion, 1966 – 1998 »

Du Samedi 22 avril 2017 au Samedi 17 juin 2017.

Présentation

La Galerie Thaddaeus Ropac est heureuse d’annoncer Undeniable Allusion, une exposition de photographies et d’objets rares de Sturtevant. En étroite collaboration avec la succession de l’artiste, nous avons pu réunir un ensemble d’oeuvres exceptionnelles, qui sera montré pour la première fois.

Tout au long de sa carrière, Sturtevant a conféré une importance particulière à la photographie et peut-être ce médium illustre-t-il au mieux la résistance qu’elle a opposée à toute catégorisation de son travail. Plutôt que de créer des reproductions exactes, elle entame un dialogue avec ses sources en complexifiant le procédé mimétique de base, qu’elle détourne de sa fonction première. Réalisées entre 1966 et 1998, les oeuvres exposées témoignent du lien particulier que Sturtevant a entretenu sa vie durant avec le travail de Joseph Beuys, de Marcel Duchamp et d’Andy Warhol, en même temps qu’elles soulignent la nature performative de sa démarche artistique radicale.

Une de ses premières séries de collages photographiques, inspirée des études sur le mouvement d’Eadweard Muybridge, donne le ton de l’exposition et rend compte de son intérêt de longue date pour les images en action. Tandis qu’elle avance dénudée devant ses propres versions d’oeuvres de Duchamp, de Johns, de Warhol ou de Beuys, c’est simultanément son travail et son corps qu’elle soumet à l’objectif de l’appareil. Comme le note l’historien de l’art Peter Eeley : « Sturtevant met ses peintures au même niveau que les arrière-plans en grid qu’utilisait Muybridge pour mesurer ses sujets, et se sert des effigies photographiques de son propre travail comme d’une sorte de scénographie à laquelle elle confronte son apparition et sa progression à travers - et implicitement en dehors - du cadre. »1

Les Warhol Flowers de Sturtevant présentées dans l’exposition revisitent la série qui a lancé sa carrière. C’est en 1964, année où elles sont exposées à la Leo Castelli Gallery, qu’elle réalise sa première « répétition » des célèbres sérigraphies florales d’Andy Warhol. Ce dernier avait développé ce motif à partir de photographies de fleurs d’hibiscus publiées dans le numéro de juin 1964 du magazine Modern Photography. Warhol avait créé la composition de ses oeuvres en recadrant la photographie de sorte que quatre des sept fleurs originales tiennent dans un format carré. Cette utilisation non autorisée d’une photographie réalisée par quelqu’un d’autre instaure un lien direct avec la méthode sérielle grâce à laquelle Sturtevant allait continuer à étudier le même sujet sans jamais en épuiser les possibilités.

Articulées autour de la répétition de cette image iconique, les pièces reliées à Beuys et à Duchamp démontrent l’engagement personnel de Sturtevant dans une réflexion sur la création de l’image. Elle refait ainsi à sa façon Fontain et les Coins de Chasteté de Duchamp, elle se photographie le visage couvert de mousse à raser, comme dans le célèbre portrait de lui pris par Man Ray. De Duchamp elle dit, « Les ready-made, son ensemble d’oeuvres le plus marquant, manquent d’unité, de forme et de signification, et ouvrent de ce fait un espace autorisant l’attribution d’une signification postulée, subjective ou arbitraire. »2

Quand elle endosse la tenue d’explorateur-archéologue de Joseph Beuys, Sturtevant devient, en quelque sorte, une aventurière de l’histoire de l’art. La mise en oeuvre d’une « répétition comme différence » lui permet de revisiter les grands récits de cette discipline et déstabiliser notre compréhension habituelle de la pratique artistique. L’accrochage de l’exposition entend répondre au principe de circularité qui parcoure l’ensemble de son oeuvre. De ses premiers travaux conceptuels jusqu’à son intérêt plus tardif pour la cybernétique, elle a toujours été en quête d’un même mouvement : aller vers l’avant. « Ce qui est fascinant en ce moment c’est l’omniprésence de notre mode cybernétique, qui relègue le copyright au rang de la mythologie, fait des origines une notion romantique, et chasse la créativité hors du soi. Refaire, réutiliser, réassembler, recomposer – c’est comme ça que ça se fait ! »3

Sturtevant (1924-2014) est née à Lakewood, Ohio, aux Etats-Unis mais a elle vécu et travaillé à Paris à partir des années 1990. En 2010, son oeuvre a fait l’objet d’une importante exposition au Musée d’art moderne de la ville de Paris. L’année suivante, elle a reçu le Lion d’Or pour l’ensemble de son oeuvre à la 54ème Biennale de Venise. En 2012, l’exposition Image Over Image, a été présentée successivement au Moderna Museet de Stockholm et à la Kunsthalle de Zurich. La Serpentine Gallery de Londres lui a consacré une exposition en 2013. En 2014, le MMK Museum für Moderne Kunst de Francfort, le musée de l’Albertina à Vienne, ainsi que la Hamburger Bahnhof à Berlin ont présenté Sturtevant, Drawing Double Reversal, qui rassemblait pour la première fois un unique ensemble des dessins réalisés tout au long de sa carrière. La même année, le MoMA à New York à inauguré la première grande rétrospective de l’artiste au Etats-Unis et celle-ci à ensuite été présentée en 2015 au MOCA Los Angeles.

1 Peter Eleey, « Dangerous Concealment » in Sturtevant, Double Trouble, MoMa, 2015, p.63

2 Elaine Sturtevant, The Reluctant Indifference of Marcel Duchamp, 1994

3 Sturtevant en discussion avec Bruce Hainley, Artforum vol. 41, no. 7, March 2003

Sturtevant, Muybridge Plate #97 Woman Walking, (détail) 1966.Impression, collage, 21 x 21,5 cm© Estate Sturtevant,
Paris, Photo : Charles DupratCourtesy Galerie
Thaddaeus Ropac, London · Paris · Salzburg