Deimantas Narkevicius « Salt and Disappearance »

Du Samedi 3 juin 2017 au Mercredi 19 juillet 2017.

Présentation

gb agency est très heureuse de présenter une nouvelle exposition de Deimantas Narkevičius autour de son nouveau film en 3D. Selon le dictionnaire Larousse un Monument est ‘‘un ouvrage d'architecture ou de sculpture édifié pour transmettre à la postérité le souvenir d'une personne ou d'un événement, un édifice élevé par une communauté à la mémoire d'un ensemble de personnes appartenant à celle-ci’’. Comment lire l’Histoire, comment la percevoir à travers les idéologies qui se succèdent, les transformations politiques et sociales qui la modèlent? Le travail de Deimantas Narkevičius questionne de façon récurrente ces traces de l’Histoire, récits officiels ou objets attestant l’existence de quelque chose ayant valeur de témoignage.

Le film intitulé 20 July. 2015 raconte le déboulonnage d’une composition sculpturale comportant quatre paires de figures. Installées depuis 1952 sur le Pont Vert en plein centre de Vilnius, ces huit sculptures dans le pur style du réalisme socialiste avaient jusqu'alors été préservées des destructions consécutives à l’effondrement de l’Union Soviétique. Cet évènement (ou 'non évènement’ vu le peu d'intérêt qu’il a semblé suscité) a eu lieu le 20 juillet 2015.

L’oeuvre 20 July. 2015 se construit en crescendo: la caméra filme des plans éloignés du groupe de sculptures, parfois zoom et présente en gros plan des détails des personnages, jusqu’à l'enlèvement de ces monuments. Toute l’oeuvre de Deimantas Narkevičius tend à rendre le passé vivant en l’éprouvant de façon subjective tout en expérimentant des dispositifs cinématographiques.  20 July. 2015 met en dialogue l’Histoire avec le présent par le sujet du film, en écho à notre propension à vouloir oublier. Durant 15 minutes, plusieurs temps se juxtaposent: celui des années 50 et de leur idéologie, celui du temps présent fait d’ennui, et d'attente et enfin le temps de la scénarisation et de la médiatisation. Deimantas Narkevičius a filmé en 3D, plaçant ainsi le spectateur au coeur de la capitale Lituanienne, dans une proximité presque intime avec les statues. La technologie stéréoscopique redonne vie aux figures, et leur confèrent une physicalité sensible.

Mais Deimantas Narkevičius crée une ultime rupture, en redonnant de la distance à cet évènement: il souligne sa mise en scène en filmant un membre de l’équipe du tournage clappant à chaque début de prise. La mise en abîme trouve son paroxysme lorsqu’apparaît à l’écran une envoyée spéciale de télévision russe qui peine à commenter l'évènement. Autour d'elle, les rares passants, amnésiques ou ignorants de leur propre histoire, semblent se désintéresser de la scène du moment d’effacement d’un Monument de l'Histoire. Nous sommes loin des scènes de liesse populaire qui ont suivi la chute du mur de Berlin où des milliers de personnes se regroupaient pour assister au démantèlement des édifices glorifiant l’idéologie communiste. Pourquoi vouloir effacer cette mémoire aujourd’hui? Le déni d’une nation semble faire écho dans le film à l’aveu même de la femme du sculpteur qui reconnait en voix off ‘ne pas savoir’. En creux, la respiration presque inaudible de celui-ci souligne pour Deimantas Narkevičius le processus d’effacement de la mémoire collective jusqu’à l’amnésie construite.

20 July. 2015 enregistre le ‘déplacement' de ces sculptures, prend acte de cette disparition opérée mais n’est pas seulement un document, il est aussi fiction. Il ne filme pas l’Histoire mais il questionne son processus et notre manière de l’appréhender. La fiction continue dans un nouveau format; pour accompagner l’exposition de son film, Deimantas Narkevičius a fait imprimer en offset sur du papier journal des images de son film, sans aucun texte; c’est une autre manière de rendre compte de ce processus d’effacement de la mémoire de ces sculptures.

Nous présentons également dans cette exposition une sculpture de 1994 intitulée Too Long on the Plinth, une paire de chaussures d’homme emplie de sel reposant sur un socle. Par ce geste presque invisible, collage ‘surréaliste’ et absurde d’un élément personnel avec un minéral naturel, anonyme et neutre, Deimantas Narkevičius fait glisser l’individuel vers le collectif, soulignant la dimension subjective et humaine de toute tentative de Monumentalité. Cette oeuvre ‘ready made’ correspond au moment où l’art dans l’ex Bloc Sovietique perd son pouvoir à représenter une idéologie.

Sculpteur de formation, Deimantas Narkevičius dit souvent que ses films sont l’extension de ses sculptures car les deux pratiques sont liées à l’espace et au mouvement. Contourner une sculpture c’est comprendre que son appréhension est fragmentaire, de la même manière que la lecture séquentielle d’un film produit une illusion. Dans ses films comme dans ses oeuvres en trois dimensions, il déconstruit, crée des ruptures, juxtapose afin de solliciter le regardeur.

Des années 90 à aujourd’hui la notion de Monument, avec son système de signes, traverse l’oeuvre de Deimantas Narkevičius. Témoin de son pays, de sa transformation de l’époque soviétique à la Lituanie moderne, il épuise la question de l’identité, nationale ou individuelle et déplace dans le champ de l’art l’exigence de ne pas oublier.

Galerie photo de l'exposition - Diaporama

Deimantas Narkevičius, Salt and Disappearance, vue d'exposition, 2017, gb agency, ParisCourtesy the artist and gb agency, ParisCrédit photo Aurélien Mole
Deimantas Narkevičius, Salt and Disappearance, vue d'exposition, 2017, gb agency, ParisCourtesy the artist and gb agency, ParisCrédit photo Aurélien Mole
Deimantas Narkevičius, Salt and Disappearance, vue d'exposition, 2017, gb agency, ParisCourtesy the artist and gb agency, ParisCrédit photo Aurélien Mole
Deimantas Narkevičius, Salt and Disappearance, vue d'exposition, 2017, gb agency, ParisCourtesy the artist and gb agency, ParisCrédit photo Aurélien Mole
Deimantas Narkevičius, Salt and Disappearance, vue d'exposition, 2017, gb agency, ParisCourtesy the artist and gb agency, ParisCrédit photo Aurélien Mole