Pascal Convert «À Bamiyan»

Du Samedi 14 octobre 2017 au Dimanche 19 novembre 2017.

Artistes :

PASCAL CONVERT

Présentation

Pascal Convert

À Bâmiyân

14 octobre – 19 novembre 2017

Galerie Eric Dupont, Paris


Photographies, film, sculptures, les dernières oeuvres de Pascal Convert sont tout habitées d'absence, une absence qui résiste, que l'on ne peut effacer, une absence qui se tient devant nous, dans une bouleversante précision. "Il est si facile de pulvériser un corps. Si difficile, cependant, d’effacer un trou." note le philosophe et historien de l'art Georges Didi-Huberman dans "Antres-Temps", livre d'artiste à quatre mains publié à l'occasion de cette exposition.

Porteur de lumière

Accueillant le visiteur, la sculpture en céramique émaillée blanche du fils de l'artiste poursuit le cycle duPortrait de jeune homme en saint Denis commencé en 2016 dans le même lieu. Défiant fanatiques et iconoclastes, aprèsavoir été décapité, un saint céphalophore se relève, prend sa tête dans ses mains, et se met en chemin pour rejoindre le lieu où il désire être inhumé. Dans certaines légendes, sa tête s'éclaire dans la nuit. Il est dit porteur de lumière. Cette silhouette immobile, porte sa tête comme un présent, son visage est calme, presque souriant et semble défier le désordre du monde.

C'est le même regard, à hauteur d'homme, d’une dignité d’un autre temps que l'on trouve dans le film Les enfants de Bâmiyân. Ils sont nés au pied de la falaise dans d'anciennes cavernes de moines bouddhistes transformées en habitations. Ils descendent des soldats de Gengis Khan et font partie du peuple hazâra. Méprisés, réduits en esclavage par d'autres ethnies, les Hazâras sont, aujourd’hui encore, l'objet de discriminations régulières. Quand la caméra les saisit, les rires enfantins laissent place au silence. L’être-là dans un paysage, dans un "gigantesque fossile vivant1". A Bâmiyân "on s’aime et on meurt sans fin sous le regard de la falaise1".

Perdre la mémoire

Les Bouddhas géants sculptés de Bâmiyân doivent surtout leur célébrité à leur destruction par les Talibans le 11 mars 2001 suite à un édit condamnant les idoles promulgué par le mollah Omar, qui contrôlait l'Afghanistan depuis 1996. A l’époque, le monde occidental n’a pas complètement pris la mesure de cet événement qui pourtant s’inscrit dans une chronologie qui conduit à la destruction des deux tours géantes de New York, six mois plus tard exactement, le 11 septembre 2001. La destruction des deux Bouddhas géants à Bâmiyân et des Twin Towers à New York a accéléré l'entrée dans le XXIe siècle et nous a appris que le retour des conflits culturels, économiques et surtout religieux irait de pair avec une utilisation toxique de la puissance des images. L’objectif premier de l’«épuration culturelle» menée par les extrémistes islamistes n’est autre que de nous faire littéralement perdre la mémoire. Et avec elle notre conscience.

Mémoire meurtrie

Située au centre de l'Afghanistan, Bâmiyân est une petite ville qui s'étend d'est en ouest le long d'une falaise faisant face au sud. Cette falaise, faite d’une roche friable, longue d'un kilomètre et demi, a abrité entre le IIIe et le VIIe siècle un monastère bouddhiste qui comptait une population de plus de mille moines. Ce site était un témoignage majeur de l’école d’art gréco-bouddhique du Gandhara. Sur la falaise, à l'intérieur de niches géantes, se dressaient deux statues colossales de Bouddha-debout, l'une de 38 mètres à l'est, l'autre de 55 mètres à l'ouest. Outre ces niches, 750 grottes environ avaient été creusées dont un dixième contenaient des peintures murales et des sculptures en argile et que l'on peut désigner sous le terme de grottes sanctuaires. La destruction (ou le vol) des sculptures, des peintures et bas-reliefs sculptés a été systématique.

Mémoire malgré tout

Si les Talibans ont cru détruire ces statues géantes, de même qu'à Hiroshima après l’explosion de la bombe atomique, il en reste l’ombre portée. Détruire une sculpture, ce n’est pas simplement « casser des pierres » comme a pu le prétendre le mollah Omar, c’est dénier à tout être humain la possibilité de représenter un être vivant. L’acharnement avec lequel les djihadistes en Syrie, en Irak, détruisent les sculptures préislamiques participe bien sûr d’une propagande. Elle témoigne aussi d’une volonté absolue de détruire tout passé, toute histoire. Mais l’explosion de centaines de mines n’a pu détruire totalement l’existence des Bouddhas, leur douleur est figée dans la pierre et les trous qui constellent la falaise sont autant de bouches ouvertes qui témoignent.

Mémoire par contact

Lors de son séjour à Bâmiyân, outre un scan 3D du site au moyen de drones avec l’aide de la société ICONEM, Pascal Convert a utilisé une technologie de prise de vue photographique d'ordinaire utilisée pour détecter les micro-fissures dans les pales d’éoliennes. Cette technologie a permis la fabrication d’une image à l’échelle 1 de la falaise par un système de tuilage de milliers de photographies. De manière dialectique, hybridant les technologies les plus contemporaines et les plus anciennes, il a choisi de réaliser un tirage photographique de l'ensemble de la falaise en utilisant le procédé platine-palladium, technique de tirage par contact inventée en 1880. Le spectateur a ainsi le sentiment d'être devant un objet photographique dont les qualités visuelles et tactiles sont celles d'une empreinte directe. Quelque part, dans les fibres du papier en coton se trouve la lumière de la falaise de Bâmiyân.

Galerie photo de l'exposition - Diaporama

Pascal
Convert. Falaise
de Bâmiyân,
2017. Courtesy
Galerie Eric Dupont, Paris
Pascal
Convert. Falaise
de Bâmiyân,
2017. détail
(13). Courtesy
Galerie Eric Dupont, Paris
Pascal
Convert. Les
enfants de Bâmiyân,
2017. Courtesy
Galerie Eric Dupont, Paris
Pascal
Convert. Portrait
de jeune homme en Saint-Denis, 2017. photo
© delp. Courtesy
Galerie Eric Dupont, Paris