Claire Morgan, « Perpetually at the Centre »

Du Samedi 14 octobre 2017 au Samedi 23 décembre 2017.

Artistes :

Claire Morgan

Présentation

Être un naufragé, c’est être un point au milieu d’un cercle, perpétuellement. […] Quand vous élevez le regard, vous vous demandez parfois […] s’il n’y aurait pas quelqu’un d’exactement comme vous qui élève lui aussi le regard, lui aussi coincé dans cette géométrie, lui aussi en train de lutter contre la peur, la rage, la folie, la désespérance et l'apathie.

L’histoire de Pi, Yann Martel

La Galerie Karsten Greve a le plaisir de présenter Perpetually at the Centre, nouvelle exposition de Claire Morgan. Plasticienne d’origine irlandaise, elle est parmi les plus recherchés et talentueux artistes de la scène internationale. Cette exposition dévoile au public les oeuvres récentes de l’artiste, spécialement réalisées pour cet espace. Nourrie de préoccupations écologiques et étiques, l’exposition est constituée de quatre nouvelles installations monumentales, où domine la dynamique des corps d’animaux taxidermisés qui semblent être contenus dans des environnements étrangers, mais aussi par de récentes sculptures sous-verre où l’écriture s’ajoute au dramatisme des compositions. Un corpus de délicats dessins permet de découvrir le minutieux travail de conception de l’artiste, en contraste avec le geste ardent et instinctif de la surprenante série de toiles grand format.

Le travail de Claire Morgan explore l’ambivalence de l’être humain dans son rapport avec la nature qui l’entoure. La réflexion autour de la présence de l’homme dans le monde, qui a comme conséquence la progressive destruction de l’environnement naturel, est objectivée par l’artiste dans ses installations, où les animaux taxidermisés semblent s’adapter à un monde de gaspillage consumériste qui tente de les engloutir. Dans la suspension temporelle qui caractérise ces sculptures aériennes, où les corps sont figés dans un mouvement perpétuel, le conflit se joue entre la vie et la mort, entre l’organique et l’artificiel.

Le projet de cette exposition est né de la contemplation du pouvoir de la nature, ainsi que de l’exploration du soi, de l’égo et de la condition mortelle de l’être humain. L’immensité de la mer, des forêts et de la nuit qui se manifestent comme un abîme, ont été l’objet d’une méditation profonde jusqu’à en devenir métaphore de l’existence entière, révélant à l’homme sa vulnérabilité. Cette réflexion n’est pas sans considérer la crise humanitaire en cours en Méditerranée, où la mer peut basculer d’espoir de vie à tombeau pour des milliers de migrants, ou la récente tragédie de la Grenfell Tower où les habitants ont vu leurs appartements se transformer en vision cauchemardesque. Les extrêmes changements climatiques, signaux d’alarme de futures crises humanitaires, font aussi partie des préoccupations qui inspirent l’artiste.

Les animaux naturalisés sont aussi symbole des batailles intimes de l’artiste, ils sont témoins de la prise de conscience de ses propres passions. Le besoin de chacun d’exister est pour Claire Morgan fortement lié à la passion et à la violence, à travers lesquelles s’expriment les nécessités humaines. La lutte fait partie du paysage intérieur de l’homme : qu’elle soit physique ou psychologique, elle engendre des cas de conscience. Ces questionnements guident aussi l’organisation de l’exposition, qui se déroule en suivant des couples d’idées spécifiques: le soi et la violence, le passage du temps et la transcendance, la peur du noir et de se noyer, le feu et la mort.

Le principe même de la taxidermie, que Claire Morgan exécute de sa propre main, repose sur une contradiction, ayant pour objectif de donner une apparence vivante à ce qui est mort. Cette ambivalence est propre à toute son oeuvre : dans les dessins comme dans les peintures, des résidus du processus de taxidermie sont utilisés comme matériaux graphiques. Des éléments comme les os ou le sang, ainsi que des corps entiers d’animaux, sont intégrés dans les oeuvres et leur donnent alors un caractère symbolique et rituel.

Dans le travail de l’artiste la nature est stupéfiante, parfaite dans son immobilité. L’ambiguë présence vitale de ces animaux taxidermisés contraste avec les fragiles formes géométriques créées par cette « vertueuse assemblagiste » à l’aide de fils de nylon auxquels sont suspendus graines de pissenlit ou fragments de plastique. Le monde de Claire Morgan est un univers où la nature, menacée par la présence envahissante et cynique de l’être humain, résiste dans toute sa beauté. Elle s’incarne dans la perfection d’un scénario géométrique et minimaliste, mais aussi dans la fragilité de structures si légères qu’elles pourraient disparaître par le simple souffle du vent.


Biographie

Claire Morgan est née en 1980 à Belfast et habite et travaille à Gateshead, Newcastle. Elle a obtenu son diplôme en 2003 à l’University of Northumbria. Dès 2008, elle a bénéficié d’une série d’expositions personnelles à travers toute l’Angleterre, qui a débuté par The Fall à Londres avant d’être suivi par Periphery (UCA Farnham) ou encore Gone With The Wind (The Laing Gallery, Newcastle). Sa première exposition personnelle française, Life. Blood, a été organisée à la Galerie Karsten Greve de Paris en 2010, un an après sa découverte par le public français lors de l’exposition Consumer, au Palais de Tokyo. Cette exposition a fait l’objet d’une importante couverture par la presse nationale. Elle fut l’occasion pour Claire Morgan de présenter pour la première fois ses « dessins au sang », oeuvres sur papier témoignant du processus de taxidermie que l’artiste réalise sur des animaux trouvés sans vie dans la nature. Depuis, son travail est présenté aussi bien en Europe qu’aux États Unis, où elle a participé à des nombreuses expositions de groupe. Les installations et les dessins de Claire Morgan ont intégré des nombreuses collections privées et publiques internationales telles que le Museum of Old and New Art (MONA) en Australie, la fondation ALTANA en Allemagne et la collection Guerlain en France. Régulièrement, des entreprises privées mais aussi des institutions publiques, font appel à Claire pour des commissions. Ses oeuvres entrent alors en résonnance avec le lieu dans lesquelles elles sont installées, comme c’est le cas de Plenty More Fish in the Sea qui dialogue avec la tapisserie Le Chant du Monde de Jean Lurçat, au musée Jean Lurçat d’Angers depuis 2016.

En 2017, sa première exposition personnelle aux États-Unis est organisée par le FRIST Center for Visual Arts à Nashville, Tennessee, tandis qu’en France, la Fondation Francès à Senlis expose ses oeuvres jusqu’en décembre.

Galerie photo de l'exposition - Diaporama

Life Support (Détail / Detail)2017Corneilles Mantelées (taxidermie), bois, polyéthylène, nylon, plomb, peinture / Hooded crows (taxidermy), wood, polythene, nylon, lead, paint300 x 182 x 100 cm© Claire Morgan Studio, Courtesy Galerie Karsten Greve Köln,Paris, St. MoritzPhoto: Claire Morgan Studio
The Vanity of Supposing Significance. 2017Deux Paons (taxidermie), polyéthylène, nylon, plomb, épis / 350 x 251 x 299 cm© Claire Morgan Studio, Courtesy Galerie Karsten Greve Köln, Paris, St. MoritzPhoto: David Lawson
Eternal Return2017Résidus du processus de taxidermie, acrylique, crayon sur papier / Taxidermy residues, acrylic paint, pencil on paper 149,5 x 105,1 cm© Claire Morgan Studio, Courtesy Galerie Karsten Greve Köln,Paris, St. MoritzPhoto: David Lawson
Time of Death (study)201738,1 x 28 cmPastel et aquarelle sur papier / Pencil and watercolour on paper© Claire Morgan Studio, Courtesy Galerie Karsten Greve Köln,Paris, St. MoritzPhoto: Claire Morgan Studio
To an End2017Merle (taxidermie), bois, polyéthylène, nylon, sous verre / Blackbird (taxidermy), wood, polythene, nylon in vitrine 108,5 x 56,7 x 56,7 cm© Claire Morgan Studio, Courtesy Galerie Karsten Greve Köln,Paris, St. MoritzPhoto: Claire Morgan Studio