Jean Prouvé, Bertrand Lavier «Le Musée imaginaire de Walt Disney»

Du Vendredi 13 octobre 2017 au Samedi 18 novembre 2017.

Artistes :

Jean Prouvé, Bertrand Lavier

Présentation

Les peintures d’ameublement de Bertrand Lavier

Bertrand Lavier s’est toujours joué, avec humour et exigence, des immatriculations et des oppositions formelles qui structurent le monde de l’art. Il n’a cessé de brouiller les frontières entre peinture et sculpture, sculpture et objet… L’exposition de la galerie Jousse, initiée et diligemment organisée par Serge Aboukrat et Philippe Jousse, opère un tour de vis supplémentaire en confrontant ostensiblement sculpture et mobilier. Les meubles de Prouvé, Paulin, Le Corbusier sont ainsi mis en regard de la série Walt Disney Productions que Bertrand Lavier a inauguré en 1984. Cette série s’appuie littéralement sur une bande dessinée de Walt Disney publiée dans le Journal de Mickey sous le titre français de Traits très abstraits et qui raconte les aventures de Minnie et de Mickey au Musée d’Art Moderne. En isolant les peintures et les sculptures qui constituent le décor de la narration, en les agrandissant ensuite au format présumé, Lavier opère un court circuit, faisant accéder au statut d’œuvre, ce qui n’était jusqu’alors que décor et fiction.

Les peintures photographiques et les sculptures réalisées à partir de cette bande dessinée errent désormais dans un espace indécidable, conservant la forme de leur territoire d’origine tout en l’ayant quitté. En ce sens, Walt Disney Productions ne constitue pas le commentaire ironique de l’art moderne raconté aux enfants, mais nous rappelle, comme le remarque l’artiste, que “c’est le monde virtuel qui nous permet d’approcher plus profondé- ment la réalité”.

En inscrivant cette série dans une exposition de mobilier emblématique de la modernité, Bertrand Lavier opère une distorsion du rapport entre l’objet et le décor. Depuis Matisse, les relations entre le fond et la figure ne cessent de hanter la peinture occidentale. La peinture abstraite, pour aussi sublime qu’elle prétende être, participe aussi d’une forme de décor (les avant gardes esthétiques du début du XXe siècle n’ont elles pas voulu abolir les frontières entre l’art et la vie ?) Qu’est-ce-qui aujourd’hui distingue une sculpture minimale d’un meuble ? Qu’est ce qui distingue une peinture minimale d’un papier peint ? 

Qu’est-ce-qui fait décor ? Qu’est-ce-qui sert d’écrin ou de faire-valoir ? Les photographies de Bertrand Lavier ou les meubles présentés ? Les photographies sont des artefacts, les meubles des « objets réels ». Pourtant la confrontation de ces deux données fait basculer ces objets du côté de la fiction et ces photographies du côté de la vraisemblance. La peinture d’ameublement, rêvée par Marcel Duchamp pour les œuvres de sa fille Yo Savy, clin d’œil à la musique d’ameublement d’Erik Satie (Carrelage phonique et Tapisserie en fer forgé, 1917), trouve ici une forme drolatique d’accomplissement.

Bernard Marcadé