Julio Le Parc «BIFURCATIONS»

Du Samedi 14 octobre 2017 au Samedi 23 décembre 2017.

Présentation

Julio Le Parc

BIFURCATIONS

Vernissage samedi 14 octobre, 16h-21h

14 octobre – 23 décembre 2017

Après l’importante rétrospective consacrée à Julio Le Parc au Perez Museum de Miami et son solo show simultané à la galerie Perrotin de New York l’année dernière, l’artiste de 89 ans revient à Paris avec un ensemble d’œuvres récentes et historiques.

Sur les deux étages de la galerie sont déployés des installations et mobiles inédits, ainsi que de nouvelles peintures. Exposées pour la première fois, ces œuvres dialoguent avec une présentation de peintures, sculptures et installations des années 60 à 90. Enfin, une œuvre en réalité virtuelle, réalisée avec son fils Juan Le Parc, offre aux visiteurs une immersion inédite dans l’œuvre de l’artiste.

À l’occasion de l’exposition, la galerie Perrotin publie un ouvrage monographique comprenant un texte de Hans-Ulrich Obrist et un entretien entre l’artiste et Jérôme Sans.


Hans-Ulrich Obrist

Extrait de «Julio Le Parc, Bifurcations», éditions Perrotin, 2017

L’art de Julio Le Parc déborde d’une énergie sans limites. Dans son atelier de Cachan, en banlieue parisienne, l’artiste dégage une impression de jeunesse et d’expérimentation perpétuelle. Né en Argentine en 1928 et installé en France, il est célèbre pour son utilisation de la lumière à travers des projections, des mouvements et des reflets dans des œuvres d’art qui donnent une impression de flux constant et témoignent d’une énergie aussi vive aujourd’hui qu’à l’époque de leur création. Au cœur de sa pratique se trouve le désir de mettre en question notre rapport à l’art et la manière dont on le perçoit, bouleversant ainsi notre vision des rôles joués par l’artiste, par le spectateur et par l’institution, mais aussi une croyance profonde dans le potentiel d’insurrection de l’art. Dans une note publiée sur Instagram au moment de sa dernière exposition à la Serpentine Sackler Gallery, à Londres, en 2014, il écrivait: «Optimismo siempre» (l’optimisme toujours), une idée dont son œuvre ludique et irrévérencieuse se fait l’écho.

À travers ses expérimentations avec la lumière, Le Parc crée des situations d’instabilité visuelle, à la fois dans l’œuvre et dans l’expérience qu’en fait celui qui la regarde. Ses installations immersives et interactives sont souvent activées par la participation du spectateur, déplaçant le geste qui fonde l’œuvre de la main de l’artiste à celle du spectateur. Quand je l’ai rencontré dans son atelier à Cachan en 2013, Julio Le Parc m’a dit : « Dans mon travail, on voit ce qu’on voit. Une certaine mystification entre en jeu dès qu’il y a des intermédiaires, des critiques aux historiens de l’art, en passant par les directeurs de musées, les galeries ou le marché.»

Très tôt dans sa formation, alors qu’il étudiait à l’école des beaux-arts de Buenos Aires dans les années 1940, Le Parc s’est impliqué dans un mouvement qui pensait l’engagement politique des formes artistiques. Au cours de plusieurs de nos entretiens, nous avons parlé des artistes figuratifs qui lui sont contemporains, inspirés par les muralistes mexicains, et de leurs homologues abstraits : les artistes figuratifs «étaient de gauche, et s’exprimaient à travers la figuration. Ils voulaient mettre en lumière l’injustice sociale, l’exploitation et l’avenir glorieux des luttes. [À l’opposé,] les artistes du groupe Arte Concreto-Invención produisaient des formes géométriques et des couleurs saturées, mais se considéraient aussi de gauche. Ils se présentaient comme étant inspirés par le marxisme, par la dialectique, et disaient qu’on pouvait agir à travers la couleur et des formes basiques sans avoir nécessairement recours à la figuration. Pour moi, ces considérations étaient très importantes. On avait là une même volonté de dénoncer une société injuste, un même désir de changement, et pourtant deux formes d’expression opposées.»

Depuis ses toutes premières expérimentations, la rencontre directe, sans intermédiaire, entre l’œuvre et le spectateur sont pour lui d’une importance souveraine: «On a essayé de créer un lien avec les spectateurs à travers le médium du visuel, de la rétine, et en éliminant l’anecdotique. On voulait que ce lien soit direct, que la surface de l’œuvre soit ce qu’elle est, qu’elle vaille pour elle-même, sans ruse et sans supercherie, pour créer un lien direct avec l’œil.» Inspiré notamment par Mondrian, Le Parc a développé son travail dans une direction clairement optique et cinétique. « Nous voulions créer des peintures dans lesquelles le tout était dicté par un système, tout en produisant un résultat visuellement intéressant. On appelait cela “l’instabilité”, dans le sens où l’œil n’est pas seulement stimulé par le point sur lequel il se pose, mais aussi par sa périphérie. Cela crée un mouvement: il n’y a jamais de point fixe ; il y a toujours quelque chose qui se passe à côté, c’est dynamique.»

«La lumière vous fit penser, et la lumière fut», écrit Le Parc en réponse à ma question sur son travail avec la lumière et ses environnements, faisant écho et modifiant les mots du démiurge dans la Genèse pour dire la rencontre interactive de la perception et de la pensée. Les premières œuvres de Le Parc qui utilisent la lumière remontent à 1959 et font voir une évolution de son travail, d’œuvres cinétiques fondées sur des objets à des installations fondées sur de la lumière en mouvement. Ces dernières, considérées aujourd’hui comme les plus emblématiques de son œuvre, découlent de l’enquête qu’il mène depuis toujours sur la façon dont le public rencontre l’art et sur la manière dont mettre en œuvre les espaces d’exposition. Cette série met en avant différentes formes d’engagement avec l’œuvre à travers un ensemble d’illusions d’optique qui emploient toutes le même matériau: la lumière. La lumière qui se reflète, qui est projetée, ou qui est en mouvement met l’accent sur les infinies possibilités offertes à la perception par un médium banal. Quand je lui ai demandé de me parler de son lien à l’architecture, Le Parc a décrit ses œuvres comme des «architectures potentielles», quoique leur portée soit fermement ancrée dans l’expérience que l’on en fait: «Petit à petit, j’ai compris que je pouvais peut-être développer la capacité à stimuler l’imagination en manipulant des éléments plus accessibles que l’espace lui-même, en intervenant sur la surface. Même s’il y a toujours une idée derrière l’œuvre, et même si rien n’est jamais superflu, il ne s’agit pas de jeter de la peinture contre un mur—il y a des séquences, des transformations, des situations…