Éric Baudart, « Les Choses Classiques »

Du Samedi 14 octobre 2017 au Samedi 25 novembre 2017.

Artistes :

Éric Baudart

Présentation

Cher Éric,

Pour une fois bien embêtée, alors que je dois composer ce texte. Le sentiment que cela n’apporterait absolument rien à la lecture de ton travail que d’en rester à l’habituel discours auto-référencé issu de l’histoire de l’art par laquelle il est généralement lu. Pas envie de broder sur la régénération du ready-made ou la subversion du formalisme. Un type d’écriture sérieuse qui peut rendre justice à de très nombreuses œuvres ne fonctionne pas ici. Comment est-ce possible ? Incroyable ! Revigorée par ce défi, j’ai choisi de mettre la main sur deux principes qui pourraient permettre que la forme et l’intention d’une écriture disent aussi quelque chose de la forme et de l’intention de ce dont elle parle. J’ai donc pensé à cette merveilleuse boîte à outils abandonnée au bord de quelque part que tu m’as montrée, et dont on se demandait bien à quoi pouvaient servir les étranges objets qui la composaient, et j’ai découpé les éléments du texte qu’on attendait de moi en autant d’outils, qu’on peut désormais saisir ou laisser tranquille. Et j’ai songé aux calligrammes, car je ne voyais pas d’autre manière de tracer sur ma page la beauté d’un bloc de béton dont tu parles avec délectation. J’ai essayé de conserver ainsi ta distance avec la parole, avec le langage, cette chose volontaire à laquelle tu t’astreins pour garder comme « de la magie ». J’ai tenté de poser des morceaux, des objet-textes, et quelques instruments désossés de la grammaire critique habituelle. J’espère parvenir à une somme qui, à l’image de ton exposition, permet aux choses classiques d’être enivrantes. Comme toi, avec les outils, ranger et déranger les choses. Comme toi, avec les objets, se repaître de la forme ; et fasciner.

« Au fond, je fais des choses assez classiques » : voilà ce qu’Éric se trouve souvent à répondre quand on lui demande en quoi consiste son travail. Mais peu importe le titre.

D’après Éric, qu’on puisse parler de son travail c’est bien. Cependant, il s’est montré assez clair, ce n’est pas l’essentiel : « je m’en fous complètement ». Comme je l’ai écrit dans mon courrier introductif, il est important de rappeler qu’il ne s’agit vraiment pas là d’une pose désinvolte. Proposer un travail simple (c’est-à-dire ni simpliste, ni trivial) est difficile. Éric, subjugué et fasciné par le réel, lorsqu’il tente de maintenir le simple dans son filet à papillons, marche sur le fil de la parole, par méfiance du « trop dire » et de la compréhension à tout crin. Pour se jucher jusqu’à la dimension physique des choses (sans le reste), il faut parfois nager contre le courant. La dimension physique des choses est une chose dingue. Éric m’a confié que la magie qui existe dans cette dimension est, lui semble t-il, en train de se dérober avec l’âge. Son travail agirait donc comme un pot de crème antirides (là aussi il serait question de retrouver consistance, densité, réalité réactivée voire augmentée).

Dans l’exposition, on trouvera un/des bloc(s) DBA. Il s’agit de dispositifs de retenue en béton comme on en voit lorsqu’il y a des travaux sur l’autoroute, ou actuellement beaucoup dans le quartier de La Chapelle. Le bloc DBA se présente porteur des marques de son vécu. Il est également possible que soit présenté un siège de Boeing 767 (gros porteur de taille moyenne). En fait il s’agit de deux sièges, recouverts d’un tissu à motif tigré, un objet insolite créé par la compagnie Royal Air Maroc. Éric envisage d’ajouter un ou plusieurs globes lumineux en suspension d’une puissance de 3000 watts. Autant dire que vous serez totalement aveuglés et que les sièges paraîtront flotter au milieu d’un paradis blanc. Une série de courtes pièces vidéo est attendue. Ces objets sont de petits morceaux de lumière dont il faut s’approcher. On vous propose de contempler des actions magiques et jouissives. Un élément doit encore trouver sa place : il s’agit d’un panneau d’armoire électrique. Bois et nylon réchauffent l’atmosphère. Mais lorsque j’ai rencontré Éric, il était particulièrement affairé sur une série de six objets tableaux : après avoir réuni deux peintures, deux impressions contrecollées et deux photographies (le tout, très vieux), il était occupé à les agencer par jeu de rehausse sur une surface enfin idéale. Enfin idéale car il a mis longtemps à identifier celle qui permettrait à la matérialité des objets posés sur elle de prendre le dessus sur le projet du peintre (ou du photographe) de ces mêmes objets. Et puis il lui fallait aussi trouver une matière si insolemment pérenne que ces déjà débris déposés sur elle auraient vraiment l’air de venir d’un autre monde.

Avant de partir, j’ai demandé à Éric de quoi il s’agissait. Il m’a dit « oh, ça, j’ai retourné une table et c’était là ». C’est donc un dessous de table. Les objets qu’on caresse : voici ce que m’inspire cet objet.

Texte d'Eva Barois de Caevel

Galerie photo de l'exposition - Diaporama

Exhibition view “Les choses classiques”. Valentin, Paris, France, 2017.© Photo: Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Exhibition view “Les choses classiques”. Valentin, Paris, France, 2017.© Photo: Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Exhibition view “Les choses classiques”. Valentin, Paris, France, 2017.© Photo: Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Exhibition view “Les choses classiques”. Valentin, Paris, France, 2017.© Photo: Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Exhibition view “Les choses classiques”. Valentin, Paris, France, 2017.© Photo: Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Exhibition view “Les choses classiques”. Valentin, Paris, France, 2017.© Photo: Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.