Dove Allouche « Des caractères extérieurs »

Du Vendredi 4 mai 2018 au Samedi 16 juin 2018.

Artistes :

Dove Allouche

Présentation

gb agency est heureuse de présenter l'exposition personnelle Des caractères extérieurs  de l'artiste Dove Allouche. 

Les images de Dove Allouche sont des êtres intermédiaires entre lui-même et le monde. Extériorisations intensifiées de la vie silencieuse que mènent les choses depuis des millénaires, elles ne sont la source d’aucune expérience du sublime. Elles ne proposent aucun plaisir négatif à tous ceux qui s’efforcent, avec un effroi mêlé de délectation, d’imaginer la terre sans l’homme. Elles ne s’inscrivent pas non plus dans la généalogie des images souveraines qui auraient mené la nature à se montrer et à se raconter elle-même. Mais ce n’est pas pour autant que les images de Dove Allouche affirment une quelconque primauté du sujet, sans lequel le monde, bien qu’immense et irrécusable, n’aurait aucune existence véritable. C’est ainsi que l’un des premiers procédés mis en oeuvre par l’artiste fut la prise de vue « à l’aveugle », dans des zones de visibilité réduite tel le réseau des égouts de Paris, une forêt en feu au Portugal ou le fond du Vésuve.

Plus récemment, Dove Allouche a usé de procédés moins catastrophistes et moins instantanés, relevant davantage du temps lent et d’un processus de programmation. Depuis quelques années, le danger est autrement présent dans son oeuvre, et autrement maîtrisable.
Prélevés dans les archives du Centre de Recherche sur la Conservation des Collections, quarante-cinq champignons ont pour spécificité de se nourrir de la matière des œuvres d’art: l’artiste les souffle par une pipette sur des plaques, les cultive pour porter le processus de leur croissance biologique jusque dans la sphère du sensible. L’existence parasitaire est ainsi transmuée en une visibilité qui semble parfaitement autonome. 

Mais cette autonomie ne s’accomplit que par une série d’artifices et de décisions: l’arrêt du processus de la culture à un moment donné, sa photographie sous forme de lithographies dans un format donné et, finalement, sa transposition analogique dans un autre médium, dont il a l’exclusivité. Ce sont des objets en verre, fabriqués par des tiers et découpés sous forme de rectangles. La fabrication de ces verres par les souffleurs a reproduit les circonvolutions colorées du cycle nourricier des champignons sur les plaques. La transparence du verre exprime aussi immédiatement l’ontologie intermédiaire de ces images: elles étaient là depuis toujours, mais encore fallait-il les voir.

D’autres cultures de spores, menées depuis, ont été transposées par le dessin selon un protocole très strict. Et voilà que l’être intermédiaire des images s’affirme aussi entre les séries des œuvres exposées, par son passage à travers différents médiums: photographie, objets de verre et dessin. 

Ainsi les concrétions sphériques nommées «perles de cavernes», formées par la superposition de couches de calcaire enveloppant un grain de sable, passent-elles de la représentation indicielle à une concrétion nouvelle, elle aussi en verre. L’artiste découpe les perles de façon à obtenir de fines pellicules, poncées avec tant de soin qu’il peut les utiliser directement comme négatifs photographiques, exhibant ainsi l’histoire de leur formation. Ces sections minérales seront ensuite transposées dans des verres soufflés, qui répondent bien sûr à ceux des champignons, tant par leur matière et par leur format que par leur configuration concentrique.

Quand une image isolée expose son énigme et son caractère arbitraire, c’est sa participation à un ensemble qui lui confère sens. La cohérence analogique entre les échelles, les processus et les formes s’exprime entre les images, comme pour démentir l’« absolutisme de la réalité » dont parlait Hans Blumenberg. Le monde vu par Dove Allouche est certes un monde sauvage, mais l’artiste entreprend de le domestiquer par différents procédés de culture ; cependant, c’est à l’instant même de cette domestication par l’image que l’ensauvagement surgit comme ce qu’il y a de plus foncièrement humain.

Maria Stavrinaki

Galerie photo de l'exposition - Diaporama

Dove Allouche, Des caractères extérieurs, vue d’exposition, gb agency, Paris, 2018Courtesy the artist and gb agency, Paris.Crédit photo Aurélien Mole
Dove Allouche, Des caractères extérieurs, vue d’exposition, gb agency, Paris, 2018Courtesy the artist and gb agency, Paris.Crédit photo Aurélien Mole
Dove Allouche, Des caractères extérieurs, vue d’exposition, gb agency, Paris, 2018Courtesy the artist and gb agency, Paris.Crédit photo Aurélien Mole
Dove Allouche, Des caractères extérieurs, vue d’exposition, gb agency, Paris, 2018Courtesy the artist and gb agency, Paris.Crédit photo Aurélien Mole
Dove Allouche, Des caractères extérieurs, vue d’exposition, gb agency, Paris, 2018Courtesy the artist and gb agency, Paris.Crédit photo Aurélien Mole