Gábor Ősz « Spomen (Souvenir) »

Du Vendredi 18 mai 2018 au Vendredi 29 juin 2018.

Artistes :

Gábor Ősz

Présentation

En serbo-croate, spomenik signifie cénotaphe ou monument commémoratif.. L’ancien président yougoslave Josip Broz Tito a fait ériger les Spomeniks entre la fin des années 1950 et les années 1980 afin de commémorer les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale et les sites des camps de concentration. Ces monuments conçus par différents sculpteurs ont une allure impressionnante destinée à affirmer la force et l’assurance de la République fédérative socialiste. Ils attiraient des millions de visiteurs annuels, en particulier les « jeunes pionniers » qui recevaient une « éducation patriotique ». Après la dissolution de la République fédérative au début des années 1990, ils sont tombés dans l’oubli et leur portée symbolique s’est perdue à jamais. 

Les Spomeniks se dressent à présent en pleine nature, loin des villes et de la vie urbaine. Cela ne fait qu’accentuer leur aspect imposant, mais ce qui les rend vraiment extraordinaires, c’est qu’ils sont tous de style abstrait, comme si les artistes avaient voulu couler leurs sentiments dans le béton, comme s’ils s’étaient débarrassés des formes figuratives narratives pour détourner le récit de son sujet : l’héroïsme, le pouvoir et la conquête de l’indépendance. 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Yougoslavie abritait le plus important mouvement de partisans, et c’est quasiment la seule nation qui ait réussi à se libérer sans aide extérieure. De ce fait, elle occupait une place à part après la guerre, et pas seulement dans la région, mais dans toute l’Europe. Elle semblait adopter de son plein gré un régime communiste, sans subir l’influence soviétique. En regardant les Spomeniks, on mesure à quel point les formes abstraites sont capables de véhiculer du sens et de l’émotion. Ces monuments sont souvent géométriques ou biomorphes, ce qui a éveillé mon intérêt. Je n’avais pas envie de faire des photographies documentaires, mais d’arriver à capter les sentiments suscités par leurs formes abstraites pures. C’est pourquoi j’ai décidé d’utiliser des chambres noires et de les construire en suivant les contours des éléments géométriques des sculptures. Les formes géométriques ont fait renaître en moi une vieille idée, une théorie sur les relations entre l’image et les volumes géométriques. J’ai sélectionné quelques Spomeniks sur lesquels je souhaitais me concentrer, en choisissant ceux qui se composaient de cubes, cylindres et tétraèdres. 

En dehors des disciplines scientifiques, il existe de nombreux exemples d’utilisation architecturale ou métaphorique des volumes géométriques, car on leur a attribué au fil de l’histoire des propriétés mystiques, ésotériques, religieuses ou symboliques. Censés posséder des pouvoirs particuliers, ils ont été employés dans de nombreux domaines de l’art, comme ici, où ils devaient exprimer le pouvoir des partisans. Les chambres photographiques que j’ai construites prennent la forme des monuments sélectionnés et sont assez grandes pour accueillir sur toutes leurs parois internes les plans-films de 20 x 25 cm avec lesquels je veux travailler. Elles fonctionnent comme des chambres noires tout en enregistrant des images des volumes géométriques à 360° sur la totalité de la surface intérieure. L’image obtenue revêt son apparence définitive une fois étalée à plat afin de créer un certain motif. Ce système d’images compliqué, dans un dispositif d’accès difficile, ajoute un degré d’abstraction supplémentaire. Les images définitives n’interprètent pas la sculpture géométrique et sa valeur métaphorique, mais elles les déconstruisent afin de recomposer le sens symbolique. Il s’agit de voir comment les relations entre les divers aspects s’infléchissent dans ce reflet bizarre, et si la déconstruction peut signaler la découverte d’une reconstruction différente. Les éléments abstraits nouvellement créés transmettront, je l’espère, un sens recomposé. 

Gábor Ősz

Courtesy Galerie Loevenbruck, Paris