Alexandre Singh « La Tour Bouchon »

Du Samedi 19 mai 2018 au Samedi 16 juin 2018.

Artistes :

Alexandre Singh 

Présentation

La Tour Bouchon, nouvelle exposition d’Alexandre Singh à la galerie Art:Concept présente un projet d’art total au sein duquel se mêlent différentes pratiques plastiques : dessin, collage, aquarelle et sculpture. Une fois encore l’artiste nous présente une œuvre complexe aux multiples références et pour laquelle la réalisation s’est étalée sur deux années.

Après avoir terminé sa première pièce de théâtre intitulée The Humans et présentée avec succès au festival d’Avignon en 2014, Alexandre Singh souhaitait se tourner vers un projet en deux dimensions à l’aspect à la fois architectural et conceptuel. C’est en regardant une photographie de tire-bouchon que germe un jeu de mot qui devient par la suite un jeu de forme absurde : la Tour Bouchon. Ce projet d’envergure est construit sur une réinterprétation fictive de l’Exposition universelle de 1889 lors de laquelle fut érigée la tour Eiffel.

Symbole parisien par excellence, elle est ici transformée en tire-bouchon géant, entre hommage et caricature humoristique de la culture française dont le vin est un emblème populaire. Inspiré par la peinture de Jan Brueghel l’Ancien, Alexandre Singh nous présente la construction imaginaire d’une Tour Bouchon au fil des saisons. Le premier panneau se déroule à l’automne 1887 avec la pose des premières fondations, puis vient l’hiver 1888 et enfin le printemps 1889 qui marque l’inauguration de la tour à l’occasion de l’exposition Universelle. Chaque étape de la construction met en scène différents personnages, motifs et éléments de décor qui réapparaissent, évoluent ou se transforment sur les panneaux suivants, comme des vignettes de bande-dessinée.

La narration est une composante essentielle du travail d’Alexandre Singh, l’écriture étant très souvent matrice de ses projets. Les compositions fourmillent de détails et invitent le spectateur à observer la cosmologie de la Tour Bouchon. Le premier panneau, qui met en scène le début de la construction, nous présente des personnages affairés à déraciner la forêt en préparation du travail de construction à venir. Parmi eux on aperçoit tour à tour un cuisinier qui coordonne la construction de son restaurant, des architectes se réunissant autour d’une maquette ou encore, au premier plan, une laitière et sa chèvre dépeintes à la manière des caricatures d’un Honoré Daumier.

Plusieurs histoires se succèdent et s’entremêlent. Le cuisinier qui supervisait les travaux de son restaurant laisse place à une cantine au menu peu ragoutant qui devient par la suite un restaurant gastronomique français. Dans le dernier panneau, projection de la Tour Bouchon à l’été 1969, le restaurant a été transformé en « Eat-Big », un fast-food contre lequel protestent des manifestants. De la même manière, la machine « Vin-Vite » qui reproduit les différentes étapes de la vinification devient un distributeur automatique et la laitière apparaît dans un panneau publicitaire incitant à la consommation de produits laitiers, en référence à Fellini.

Comme toujours dans le travail d’Alexandre Singh, le regardeur se trouve confronté à pléthore de références et citations, sollicitant son esprit d’analyse. On dénombre pas moins d’une quinzaine de références au cinéma, à l’Histoire et à l’Histoire de l’art.

Une observation attentive est nécessaire pour s’apercevoir que les statues équestres sont marquées par l’absence de cavalier afin de rendre hommage à Bucéphale, Incitatus et Marengo, chevaux historiques célèbres. En cherchant bien, il est possible de discerner les silhouettes de Jacques Tati, Alfred Hitchcock, Toulouse-Lautrec et Monet. Le spectateur devient détective à la recherche de ces multiples références disséminées parmi les dessins. Saurez-vous retrouver la Villa Arpel, architecture caractéristique du film Mon Oncle, la vague d’Hokusai, la terrible Saturne de Goya ou encore les clins d’œil au cinéma de JeanPierre Jeunet, Georges Méliès et François Truffaut ? De référence en référence, Alexandre Singh tend à installer une pensée discursive qui s’élabore autour de la description, invitant le spectateur au jeu de la reconnaissance.

La multiplicité des interprétations possibles participe à une certaine reconception du monde dans laquelle on retrouve l’influence de la science-fiction et du surréalisme. Les constructions mentales d’Alexandre Singh demeurent au seuil d’un possible irréalisable. Mi tour Eiffel, mi tire-bouchon, la Tour-Maquette rappelle l’utopie des projets constructivistes de Vladimir Tatlin et les architectures fantastiques de Hayao Miyazaki. La Tour-Cuisine, réalisée à partir d’ustensiles récupérés, évoque les sculptures de Max Ernst et Picasso. Chaque représentation demande un effort cognitif. Œuvre protéiforme à l’humour référencé, La Tour Bouchon requiert l’intervention du regardeur comme composante essentielle du processus créatif : « ainsi se dessine une voie de connaissance qui prend pour cible les mondes “possibles” ». 1 

Lila Cegarra

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1 Anne Cauquelin, À l’angle des mondes possibles, Quadrige Puf, (coll. « Essais débats »), Paris, 2010, p.56

Galerie photo de l'exposition - Diaporama

Alexandre Singh, La Tour Bouchon, du 19 mai 2018 au 16 juin 2018