Anish Kapoor « Another (M)other »

Du Lundi 4 juin 2018 au Mardi 31 juillet 2018.

Artistes :

Anish Kapoor 

Présentation

Kamel Mennour a le plaisir de présenter une nouvelle exposition d'oeuvres récentes du célèbre artiste britannique Anish Kapoor. L'exposition se déroulera dans les deux espaces parisiens de la galerie.

Dans cette exposition, la plus viscérale de Kapoor à ce jour, formes géométriques et matériaux géologiques révèlent une charge sexuelle et physiologique intense. C’est une nouvelle expression de l’implication de l'artiste pour les séries de processus. Celles-ci comportent souvent de nouvelles pistes pour la matière et la forme — elles sont chargées d'un érotisme provocateur et du désir, comme le dit l'artiste, « de voir le corps, ratatiné dans toute sa méchanceté de vomissements nus, émerger de l'ordre imposé de la vie ». Des miroirs à l’intérieur desquels des duos de surfaces concaves immaculées sont rassemblés pour la première fois dans les coins de la galerie, tandis que d'autres s'enroulent en des formes de lèvres ouvertes. À cheval sur deux salles différentes se trouve une grande sculpture au sol dans laquelle le métal soudé et la fibre de verre ressemblent tour à tour à une munition, un tronc d'arbre en décomposition et un phallus. Une oeuvre en silicone est placée contre un mur — « un suintement du demi-décrit » selon les mots de l’artiste. Il y a également deux peintures à l'huile sur toile, un médium étonnamment conventionnel mais qui fait partie intégrante de son travail depuis de nombreuses années — une partie rarement montrée au public.

Toutes les oeuvres reflètent la thématisation distinctive de Kapoor de la nature indéfinie des objets, « oscillant comme des anges entre le corporel et le néant » — un défi lancé à l’image conventionnelle de leur permanence. Le travail de Kapoor est un monde d'émergence, de métamorphose, d'alchimie et d'entropie. Ses sculptures et peintures sont devenues ces dernières années de plus en plus physiques et animées — une trajectoire qu'il poursuit dans cette exposition. Comme si ces formes géométriques épurées avaient commencé à évoluer par un mystérieux processus darwinien en organes et anatomies désordonnés ; comme si ces vides impénétrables et précisément incisés avaient soudain commencé à dégorger ce qu'ils avaient auparavant caché : une masse déferlante du corps interne, des entrailles et de la chair. La teinte pourpre profonde et piquante qui évoque inévitablement le sang, couleur dominant la palette de Kapoor au cours de la dernière décennie, est omniprésente dans l'exposition.

Anish Kapoor est l'un des artistes emblématiques de notre époque, leader de la réorientation de la langue du Minimalisme qui a défini un large champ de la pratique artistique depuis les années 1980. L'innovation décisive de Kapoor a été, simplement, de mettre le Minimalisme au service du sens. Judd, Morris, LeWitt et la première génération des années 1960 avaient l'intention de créer un art qui échapperait à toute signification, faisant de l'oeuvre un exercice formel, souvent typologique, de matière, de forme et de contexte. Comme eux, Kapoor ne produit pas son oeuvre avec des significations en tête, mais, contrairement à eux, il reconnaît qu'elles sont inévitables et désirables. Comme il le dit lui-même : « les artistes ne font pas d'objets. Nous sommes à la poursuite de la mythologie. »

Les formes primaires de Kapoor mêlent des dimensions psychanalytiques, sexuelles et reproductives ainsi que des forces destructrices, voire apocalyptiques, permettant une réflexion sur la nature expérimentale de la production artistique. Le développement du travail de Kapoor au cours des quarante dernières années vise à tester et étendre la capacité de l'art à contenir des significations. Il y a même une résonance politique contemporaine : en nous présentant le « nomadisme » qu'il perçoit comme inhérent aux objets, il réfléchit sur son propre statut d'enfant de réfugiés.

Le travail de Kapoor a toujours contenu et évoqué diverses références historiques de l'art. Ce n'est donc pas un hasard si la sélection évoque ici des moments de l'histoire culturelle de Paris. Les peintures en silicone, que l'artiste appelle « objets d’intérieur », offrent des étendues de chair bouillonnantes à la manière de Soutine. Les lèvres en résine de Kapoor forment une ellipse vaginale, ou, si on les regarde de côté, une bouche avec la langue et les yeux — une cartographie des parties du corps qui rappelle Georges Bataille. L’informe non structuré de son oeuvre évoque l'école de Paris de l'après-guerre, tandis que la compression des significations psychologiques, politiques et esthétiques dans chaque oeuvre peut nous rappeler le syncrétisme de Gustave Moreau et des symbolistes qui intégraient la mythologie classique, chrétienne et asiatique dans leur imagerie.

L'historien des sciences Gaston Bachelard vient aussi à l'esprit. Dans son texte épistémologique La Poétique de l’espace, Bachelard a énuméré, à travers des références littéraires, les épaisses couches de sensations et de sens qui s'accumulent dans différents types d'espaces. En regardant les deux miroirs concaves de Kapoor, discrètement situés à angle droit dans les coins de la galerie, on observe comme ils tirent tout l'espace de la galerie dans la petitesse d'un coin, évoquant la sensation « d’immensité intime » de Bachelard, fusionnant le « tout coin dans une maison, toute encoignure dans une chambre, tout espace réduit où l’on aime à se blottir, à se ramasser sur soi-même est, pour l’imagination, une solitude » avec l'immensité d'une forêt, un labyrinthe, la nuit ou, précisément, un miroir qui « amasse sur place son infinité ».

Ben Lewis

Galerie photo de l'exposition - Diaporama

Another (M)otherInstallation view, kamel mennour Paris© ADAGP Anish Kapoor 2018 - Photo: archives kamel mennourCourtesy the artist and kamel mennour, Paris/London
Another (M)otherInstallation view, kamel mennour Paris© ADAGP Anish Kapoor 2018 - Photo: archives kamel mennourCourtesy the artist and kamel mennour, Paris/London
Another (M)otherInstallation view, kamel mennour Paris© ADAGP Anish Kapoor 2018 - Photo: archives kamel mennourCourtesy the artist and kamel mennour, Paris/London