« L’Invention d’un regard, Photographies du 19ème siècle »

Du Samedi 30 juin 2018 au Samedi 7 juillet 2018.

Présentation

L'invention de la photographie date de 1839. 

Comme toutes les inventions majeures, celle-ci a considérablement modifié notre regard et nos esprits. Les photographies du 19ème siècle contiennent les germes de la modernité photographique et de la photographie plasticienne. Les comprendre c'est comprendre notre histoire et l'histoire de ce médium extraordinaire qui nourrit notre imaginaire et notre pensée. 

Dans un siècle marqué par l'industrialisation, les progrès considérables dans le domaine des sciences et des techniques et le développement des expéditions lointaines, l'intérêt prodigieux de ce médium ne pouvait resté ignoré. Dans les grandes villes, une concurrence acharnée entre ateliers photographiques rendit vite cette pratique peu rentable professionnellement (à Paris, treize studios recensés en 1848, trois cent-cinquante cinq en 1868).
Parmi ces photographes les plus aventureux vont tenter de trouver de nouveaux horizons et marchés. Ils partiront installer leurs studios là où une clientèle, somme toute aisée, saurait dépenser pour acquérir des images et non plus simplement leur portrait. Des industriels éditeurs s'empareront également du domaine et ce qui sera plus tard les agences photographiques voit le jour dès 1857, à Florence, sous l'impulsion des « Fratelli Allinari », permettant une large diffusion. 

Car il convient de lier cette invention au contexte historique. Celui d'un monde en grand bouleversement qui allait transformer la société rurale en monde industriel et capitaliste. Un monde qui réduisait drastiquement les distances grâce à l'essor des modes de transport et de communication. Un monde dans lequel une société bourgeoise se développait. Cette société (pour un nombre chaque jour grandissant) partait découvrir les horizons lointains, initiant ce qui s'appelle aujourd'hui le tourisme sur les traces du « Grand Tour ». Leur voyage devenait une industrie. Rapidement le commerce de la photographie se développa sur les principaux site et explique la profusion d'images exotiques. L'image a toujours été un allié du pouvoir, des idéologies dominantes et de la morale. La photographie devient à son tour un outil de propagande. L'exotisme sous couvert de donner à voir un monde lointain, se mit à servir les intérêts de la domination coloniale, ou, prenant pour alibi les motifs artistiques, fût une source érotique... En dehors de la nostalgie, que suscitent les images aux teintes passées, que nous racontent les photographies du 19ème siècle sur ce qu'était la société et les préoccupations de l'époque ? Que nous disent : une main d'annamite, une lavandière, un paysan, une femme arabe,le portrait d'un vieillard, une échoppe arabe, des fabricants d'ombrelle, la rive d'un étang... Tant de questions que les photographies ne cesseront de nous poser et de poser au gré des lectures et relectures qui se superposent et se contredisent parfois. 

Si les images photographiques éveillent notre regard, il convient que celui s'aiguise pour lire les images en gardant à l'esprit que celles-ci racontent une histoire et qu'il n'y a pas d'histoire anodine. 

Cette exposition présente une sélection d'images réalisées entre 1853 et 1890, d'auteurs connus ou non identifiés à ce jour. Chacune est une représentation. Mais laquelle ?

Auguste-Rosalie Bisson, Portail de Saint-Ursin, Bourges,1855