Charlie Hamish Jeffery « Paintings for light fittings »

Du Samedi 8 septembre 2018 au Samedi 3 novembre 2018.

Artistes :

 Charlie Hamish Jeffery

Présentation

Les peintures de Charlie Hamish Jeffery sont des objets matérialistes mystiques. L’utilisation de bois ou de toiles montre l’égalité des mediums, produits de l’atelier du peintre qui pourrait tout autant être celui du scénographe ou du menuisier. Ce rapport à la production à l’objet fabriqué qui montre d’emblée les traces d’un travail, le situerait du côté d’un post-structuralisme à l’oeuvre. Les titres sont là pour déjouer l’évidence de la surface colorée. Les dimensions aussi produisent un rapport qui joue sur notre mémoire collective de l’histoire de la peinture mais aussi nos habitudes corporelles. A horizon of fire, A field of nothing et The Hunt ont les proportions d’une porte renversée à l’horizontale, et d’un corps humain. La bascule s’opère entre le familier, issu du vocabulaire mobilier (C.H. Jeffery réalise parfois des fauteuils-peintures ou des tables-peintures) et l’évidence d’une oeuvre. Car la vibration des teintes, souvent acidulées, vient trancher la question du motif, de la ligne ou du fonds coloré. Souvent la trace, rapide et fulgurante, vient biffer la surface tel un éclair flurorescent (Yellow Fluo painting). Le cadre est rejoué, surjoué même, en tant que motif dans le tableau.

L’objet encadrant devient un sujet surlignant. Le vibrato produit par cet acte ne révèle pas un au-delà de la peinture mais affirme sa présence matérielle. On passe de l’évidence littérale du « What you see is what you see » de Franck Stella à « What do you think it is ? ».

Artefacts et substituts, les peintures de C.H. Jeffery ne sont pas des chimères, des rideaux peints, elles ne représentent pas, elles présentent. En cela, elles ne sont pas si éloignées des icônes traditionnelles, recouvertes d’or, dont la brillance lumineuse avait la double fonction d’éclairer l’espace et de faire penser. C.H. Jeffery utilise l’enluminure (une manière d’éclairer techniquement une surface, mais pour conduire à une prise de conscience plus proche de l’enlightenment, l’idée de la philosophie des Lumières). Face est une icône d’aujourd’hui. Non plus la sainte face, mais à la fois une face, un côté (ce qui suppose un autre côté), mais aussi une instance : faire face ou encore un visage. Les titres sont des indices à double tranchant, qui indiquent d’autres possibles.

Green Square et Green Lake ouvrent la question du paysage. Traces, tache verte, la nature est une impression rétinienne qui ressemble aux points lumineux de la mire télévisuelle. Et de fait la question est posée directement par Paintings for light fittings (Florescent Yellow, Florescent Red) or What tv station is in you? Une peinture « vue à la télé » ou recadrée par les écrans, c’est une peinture consciente d’être faite au temps des images en mouvement, et de la dématérialisation des supports, une peinture post-medium. Le doute inhérent quant à l’image, aux images, c’est celui de Seeing is NOT believing or Seeing is KNOTTING believing. C. H. Jeffery pointe les chiasmes, les noeuds dans le système de re-présentation, et nous rend acteurs. Conscients du système, nous pouvons jouer avec pour le ré-organiser. C’est une chasse joueuse et joyeuse qui s’ouvre (The Hunt), un feu incandescent qui est celui de l’intelligence plutôt que de la croyance. C. H. Jeffery performe la peinture, littéralement rejoue son artificialité, entre décor et accessoires, et la réhausse. A painting where enlightenment fits.

C.H. Jeffery est un peintre de studio, au sens « studiolo » et pas seulement « atelier ». Il fait de celui-ci une scène potentielle. Changeant les volumes, les rapports d’espace et d’épaisseur, parfois en doublant les murs de miroirs, ajoutant des tubes au néon, ou encore des marches-prédelles-scènes. Les roses fluos, jaunes iridescents, rouges flamboyants, verts acidulés ou noirs de jais n’ont d’égal que l’actinicité des pigments choisis. C’est à dire leur rayonnement. Les couleurs sont des longueurs d’ondes perceptibles par l’oeil humain.

Les tableaux en sont des supports autant que l’écran télévisuel ou celui du cinéma. […]

Marie de Brugerolle

Charlie Hamish Jeffery, A horizon of fire, a field of nothing, (détail), 2018Acrylique et huile sur toile, 180 x 90 cm